::+:: Les preuves historiques de l’existence de Jésus (2ème partie) : le Testimonium Flavianum,



Le Testimonium Flavianum

Ce passage se trouve au début du Livre XVIII des Antiquités judaïques. Le texte grec n’est pas particulièrement difficile, mais sa traduction est l’objet d’un vif débat, vous comprendrez bientôt pourquoi. Ce passage est cité pour la première fois par Eusèbe de Césarée (début du IVe siècle), au tout début de son Histoire ecclésiastique (I, 11, 7-8) :

« Voilà ce que Josèphe rapporte de Jean. Il fait également mention de notre Sauveur, dans le cours du même ouvrage, de la manière suivante : « A cette époque fut Jésus, homme sage, si du moins il faut l’appeler un homme. Il était l’auteur d’œuvres extraordinaires et le maître d’hommes qui recevaient la vérité avec plaisir ; il attira beaucoup de Juifs et aussi beaucoup de Grecs. Il était le Christ, et sur la dénonciation des premiers des nôtres, Pilate le condamna à la croix, mais ceux qui l’avaient d’abord aimé, ne cessèrent pas de le faire. Il leur apparut, en effet, le troisième jour, de nouveau vivant ; les divins prophètes avaient prédit ces merveilles et beaucoup d’autres encore à son sujet. Encore aujourd’hui la race des chrétiens qui tirent leur nom de lui n’a pas disparu. » »

Les débats à l’époque moderne

Jusqu’au XVIe siècle, ce témoignage ne posait guère de problèmes puis, à partir de cette période, plusieurs savants ont commencé à douter de son authenticité, le jugeant trop « chrétien ». Il faut préciser que ce débat dépassait les clivages confessionnels puisque d’un côté comme de l’autre, il y avait des catholiques et des protestants.

Ainsi, parmi les partisans de l’authenticité on peut citer Le Nain de Tillemont et Dom Calmet pour les catholiques, ainsi que les pasteurs Martin (le traducteur de la Bible éponyme) et Vernet pour les protestants. A l’inverse, parmi les opposants, on trouve Richard Simon, prêtre catholique, et les pasteurs Abbadie et Cappel. Au siècle suivant, les encyclopédistes se lancèrent dans la bataille et firent finalement pencher la balance en faveur de l’inauthenticité.


Les débats à l’époque contemporaine

Alors qu’on pensait la controverse éteinte, celle-ci fut relancée au XIXe siècle par la faculté de Strasbourg. Désormais, le problème se complexifia quelque peu et on passa de deux à trois camps : les partisans de l’interpolation totale, les partisans de l’authenticité totale et les partisans de l’authenticité ou de l’interpolation partielle.

Par ailleurs, la controverse ne concerna plus seulement les catholiques et les protestants, mais des athées, des agnostiques et des juifs se joignirent aussi au débat. Cependant, comme à l’époque précédente, les positions respectives dépassaient les clivages confessionnels et on trouvait dans chaque camp des personnes de toutes les croyances. (2)

Plusieurs milliers de pages furent écrites à ce sujet (et ce n’est pas fini !), on examina les mots un par un, la tradition directe (assez uniforme), la tradition indirecte (les citations par les Pères de l’Eglise, les traductions orientales)… que pensez donc de tout cela ?


La situation actuelle

Aujourd’hui, la majorité des savants, toutes croyances confondues, se range à l’opinion intermédiaire, déjà défendue jadis par Ernest Renan, à savoir que Flavius Josèphe a bien mentionné Jésus, mais que le texte a ensuite été interpolé par un copiste chrétien.


Mon opinion personnelle

A titre personnel c’est aussi mon opinion pour les raisons suivantes :

1) Une simple lecture est suffisante pour se rendre compte que le texte tel qu’il est traduit actuellement est beaucoup « trop chrétien » pour avoir été écrit tel quel par Flavius Josèphe. Les savants, car il y en a encore, qui défendent son authenticité complète, et qui sont par ailleurs très compétents, ont donc tendance à traduire le texte en minimisant la portée chrétienne des différents mots et expressions utilisés dans ce passage. Mais cette solution me parait assez artificielle et peu satisfaisante

2) A l’inverse, une interpolation totale me parait assez peu probable. En effet, un faussaire a toujours un but. Or, quel aurait été le but de ce faussaire ? On pourrait répondre bien vite : « prouver l’existence de Jésus par un témoignage externe. » Mais cela me semble impensable pour deux raisons :
  • D’une part, cette question est quelque peu anachronique. Cela supposerait qu’à une époque ancienne des gens aient pu douter de l’existence de Jésus. Or, l’existence de Jésus n’a été remise en cause qu’à l’époque contemporaine. Dans l’Antiquité, aucun de ses adversaires n’a jamais remis en doute son existence (3).
  • D’autre part, on voit mal pourquoi le faussaire se serait contenté d’une si brève mention. Quitte à inventer, autant faire une notice complète et détaillée.


L’hypothèse la plus rationnelle

En réalité, l’explication la plus rationnelle est la suivante : Josèphe a bien mentionné Jésus, mais de manière plutôt négative. Un copiste chrétien, choqué par les propos de l’historien, a donc transformé cette mention péjorative en mention positive.

Cette explication correspond parfaitement à la vision qu’à Flavius Josèphe des gens qui se proclamaient « Messie ». On a d’autres exemples de ce type dans son histoire et on voit que Josèphe est toujours assez méprisant, considérant que ces personnes sont nuisibles et dangereuses car elles égarent le peuple juif. Cette explication peut aussi être corroborée par la deuxième mention de Jésus, qui est elle reconnue comme authentique par les critiques, où Josèphe emploie l’expression « dit le Christ », ce qui sous-entend qu’il sait que Jésus était considéré comme le Christ par certaines personnes, mais qu’il n’adhère pas à cette croyance.

Enfin, cette idée peut être appuyée par des sources externes, puisqu’il existe aussi des traductions orientales, notamment une arabe, qui contiennent cette citation en abrégé, où Jésus est mentionné, mais sans les expressions trop chrétiennes.


Conclusion

En conclusion, il me semble donc, malgré les objections soulevées sur l’authenticité du passage, qu’on peut quand même considérer le Testimonium Flavianum comme un témoignage supplémentaire en faveur de l’existence historique de Jésus.

Dans le prochain article, je m’intéresserai à une dernière preuve de l’existence historique de Jésus.

par David VINCENT sur Science et Foi

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Notes
  1. Une brève biographie de Flavius Josèphe
  2. On peut nuancer cette affirmation, et constater qu’il existe quand même certaines tendances confessionnelles qui peuvent être dégagées. Les catholiques défendaient majoritairement l’authenticité du passage, tandis que les protestants étaient plutôt partisans de la thèse de la falsification.
  3. Voir mon article précédent sur les témoignages juifs et païens.

Bibliographie

Bardet, S. (2002). Le Testimonium flavianum. Examen historique. Considérations historiographiques. Paris : Le Cerf.

thèmes de recherches sont l’historiographie chrétienne, l’histoire des doctrines et l’interaction entre la foi et les connaissances profanes.

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