::+:: Entre le repentir et le pardon, le message de Kippour


Dans la Bible on insiste tant sur cette journée de contrition et de jeûne où l'homme doit faire son examen de conscience afin de retrouver une sorte de pureté et d'innocence originelles. Mais l'institution synagogale s'explique surtout par la destruction du Temple de Jérusalem dont la fonction majeure était justement d'accorder la rémission des péchés, moyennant l'immolation d'un animal, comme le prescrivait le culte sacrificiel de la caste sacerdotale. La destruction du temple de Jérusalem a totalement changé le centre de gravité du judaïsme puisque le culte sacrificiel qui permettait l'effacement des fautes n'existait plus et qu'il fallait bien trouver autre chose. C'est alors que le souffle de nos lèvres, c'est-à-dire la prière, s'est imposé en lieu et place de l'immolation d'animaux.

Si, au cours du Nouvel an, les lectures bibliques comprennent les chapitres XXI et XXII du livre de la Genèse où la naissance d'Isaac est présentée comme le miracle équivalant à celui de la création de l'univers, les péricopes choisies pour kippour par la tradition portent sur les unions illicites, les interdits sexuels. Pour le judaïsme, comme pour toute religion digne de ce nom, la morale sexuelle est la ligne rouge séparant l'humanité de l'animalité. Toute une série de nudités interdites sont énoncées et l'homme est sommé de ne pas enfreindre de telles lois énumérées dans le livre du Lévitique.

L'autre passage le plus important de ces lectures de la Tora porte sur les chapitres du prophète Jonas, un texte qui montre que la miséricorde divine n'a pas de fin et ne demande qu'à se manifester au bénéfice de l'homme, à condition qu'il fasse amende honorable et se repente sincèrement.

Les enfants adorent cette lecture surtout lorsqu'elle est faite en français et en hébreu. On voit un prophète, insouciant et sûr de lui, qui veut fuir loin de Dieu, s'embarque sur un bateau qui menace de faire naufrage, est jeté à l'eau par les marins, finit dans l'estomac d'un monstre marin d'où il adresse au Seigneur une vibrante prière... Cet épisode est très émouvant: même dans les entrailles du monstre marin ( mi-mé'é ha-dagga) Jonas adresse une prière à son Dieu qui l'exauce. Rejeté sur le rivage, Jonas, tout secoué, accepte de remplir sa mission et de se rendre à Ninive, la métropole régionale.

Jonas annonce au roi que la ville sera détruite dans trois jours par décret divin, en raison de ses innombrables fautes. Emu, le roi décrète trois jours de jeûne et de repentir, tant pour les hommes que pour les animaux. Et lui-même troque ses vêtements royaux contre le cilice d'un pénitent ordinaire. Dieu, qui préfère le cœur, c'est-à-dire la sincérité du repentir, n'y est pas insensible et accepte d'accorder sa grâce aux condamnés: Dieu n'est donc pas inflexible, et aucun fatum ne plane sur les hommes. Mais Dieu ne sait pas qu'il aura aussi à gérer le mécontentement de son prophète qui lui reproche d'être trop compatissant. Dieu fait alors pousser un arbuste qui protège Jonas d'un soleil de plomb. Mais aux premières lueurs de l'aube, ce petit arbre meurt et Jonas est pris d'une colère homérique.

C'est alors que la Bible administre sa leçon: Jonas voulait mourir en voyant qu'une petite végétation avait disparu et que dire de Dieu qui aurait été contraint de décréter la condamnation à mort de centaines de milliers d'êtres....

C'est la leçon de kippour qui montre aussi que le judaïsme éclairé et bien compris est la religion de la grâce, du pardon et de la miséricorde. Ce n'est donc plus le Dieu jaloux, ce fameux Dieu cruel que même une pièce de Racine critiquait et qu'on nous apprenait au lycée.

Cette légende du prophète Jonas se lit comme un conte de fées. Or, les contes ne finissent jamais mal.

Maurice-Ruben Hayoun
Spécialiste de la philosophie médiévale, 
allemande et de littérature biblique
du Huffington Post

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