::+:: Une "arme du diable" découverte en Chine

L'arbalète d'1,30 mètre découverte sur le site de Xian dans la province du Shaanxi. © ZHANG TIANZHU/ IMAGINE CHINA/ AFP

MEURTRIÈRE. C’est par ce nom d’"arme du diable" que l’arbalète était désignée en Occident au Moyen Âge. Apparue mille deux cents ans plus tôt en Chine, l’une d’entre elle, vieille de 2200 ans, vient d’être découverte sur le site de Xian, dans la province du Shaanxi. C’est la plus complète jamais trouvée et elle gisait aux pieds de l’un des soldats de la célèbre armée de terre cuite du mausolée de l’empereur Qin Shi Huangdi (221-207 avant J.-C.). Particulièrement meurtrier, cet engin — dont semblent avoir également subsisté une corde en tendon et un mécanisme en bronze —, était peut-être l’"arme secrète" décrite dans les chroniques historiques chinoises et dont étaient équipées les troupes de cet empereur. C’est en effet en partie grâce à elle que le souverain aurait réussi à écraser ses rivaux et à unifier le royaume en 221 avant notre ère, faisant de lui le premier empereur de Chine.

Il semblerait qu’il s’agisse d’une arbalète à répétition"

Cette découverte permet aux chercheurs de mieux étudier cette arme que l’on pourrait comparer, pour l’époque, à un fusil d’assaut moderne. D’après Shen Maosheng, l’archéologue responsable des fouilles, cette arbalète d’1,30 mètre d’envergure décochait des flèches à 800 mètres de distance… "Il semblerait qu’il s’agisse d’une arbalète à répétition", explique l’historienne Valérie Serdon, de l’université de Lorraine, spécialiste des questions d’armement ancien, après avoir étudié les photos du vestige diffusées par les autorités chinoises. "On distingue un chargeur. Ce système ingénieux permettait de contenir plusieurs carreaux (flèches) et palliait ainsi la lenteur du réarmement, poursuit la spécialiste. Pour la distance de tir, je suis en revanche plus dubitative. En Occident, utilisées en tir tendu, ces armes avaient une portée moyenne de 100 à 250 mètres pour les plus grosses d’entre elles", précise-t-elle. L’arbalète — déjà connue, sous une forme simplifiée, pour la chasse — est apparue dans la panoplie militaire occidentale à partir du 11esiècle. Il s’agissait en fait de la version portative des balistes, des armes de positions sur châssis, utilisées dès l’Antiquité. Son apport décisif par rapport à un arc classique provient en fait de son mécanisme. Grâce à une sorte de cliquet muni d’une encoche (la "noix"), la corde de chanvre ou de boyau pouvait être retenue derrière cet arrêtoir, puis libérée juste au moment voulu. "Le tout sans fatiguer le tireur ni exiger de lui de l’adresse alors que l’arc classique est conditionné à la force musculaire de son utilisateur", ajoute Valérie Serdon.

Cette arme remettait en cause l'idéal chevaleresque promu par l'Église

Avec les perfectionnements techniques apportés au fil du temps, l’arbalète devint tellement efficace et meurtrière — d’où cette référence au diable —, que le pape Innocent III, lors du Deuxième Concile de Latran (4 au 11 avril 1139), en prohibe l’usage dans les guerres entre… chrétiens ! Une règle qui sera plus ou moins respectée pendant une cinquantaine d’années. "Cette arme remettait en effet en cause l’idéal chevaleresque promu par l’Église", estime Valérie Serdon. L’arbalète fut même cataloguée comme l’arme des « lâches ». "Individuelle et portative, elle mutile ou tue à distance, sans exposer directement le combattant puisqu’elle permettait de viser sans prendre soi-même de risque", explique l’historienne.

CADENCE. On la trouvera quasi omniprésente dans l’infanterie dès le 13e siècle, sur terre comme sur mer. Par la suite, l’arbalète sera surtout privilégiée dans la défense (fixe) des places fortes, plutôt que (mobile) sur les champs de batailles. “En effet, son inconvénient majeur était devenu sa faible cadence de tir due au temps nécessaire pour le rechargement”. Ainsi, lors de la bataille de Crécy (1346) où s’opposèrent Français et Anglais, un chroniqueur italien a estimé qu’un archer pouvait tirer trois flèches pendant qu’un arbalétrier n’en tirait qu’une. Employée jusqu’à la Renaissance, elle sera supplantée par l’usage des premières armes à feu, couleuvrines et arquebuses. Parmi les célèbres victimes de cette arme redoutable, citons Richard Cœur de Lion (1157-1199). Touché par un tir lors du siège de Chalus, il mourut des suites de ses blessures. L’arbalète chinoise découverte à Xian, devrait permettre la création d’un modèle expérimental pour mieux connaître sa puissance de tir véritable et les capacités mécaniques et aérodynamiques de cette arme utilisée sous les Qin.

Bernadette ARNAUD sur Sciences et Avenir

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