::+:: L'évolution est un loup pour l'homme


Quelle est l'origine de la violence humaine ? Est-elle inhérente à la nature de l'homme, comme le pense le philosophe anglais Thomas Hobbes, qui assure que « l'homme est un loup pour l'homme » ? Ou bien, à l'instar de Jean-Jacques Rousseau, l'homme est-il bon par nature, mais la vie sociale creuse-t-elle les inégalités au point de le rendre violent ?

Des chercheurs espagnols auraient trouvé la réponse à cette question dans la théorie de l'évolution : ils ont analysé la cause de la mort de 4 millions de mammifères (de 1 024 espèces différentes) et de quelque 600 humains, et ont regardé la proportion de décès dus à des congénères. Ils ont d'abord constaté que chez l'ancêtre commun à tous les mammifères, 0,3 % seulement des décès étaient causés par des semblables. Et ils ont remarqué que plus on s'éloigne de cet ancêtre commun et plus on se rapproche de la branche portant l'ancêtre de l'homme et des primates sur l'échelle de l'évolution, plus la part de décès causés par un congénère augmente, et ce, de manière constante.

40 % des espèces de mammifères s'entretuent

Cette étude, publiée dans la revue Nature le 28 septembre par ces chercheurs de la Station expérimentale des zones arides d'Almeria et de l'université de Grenade, en Espagne, perce ainsi à jour le mystère de la violence qui se déchaîne entre les membres d'une même espèce. Un comportement caractéristique de l'homme et des autres primates, mais pas seulement, et qui serait donc un héritage de l'évolution.

Cette étude démontre ainsi que 40 % des espèces de mammifères s'entretuent. À la plus grande surprise des chercheurs, les carnivores ne sont pas les plus violents : les rhinocéros, les chevaux ou encore les marmottes ne sont pas tendres avec leurs semblables. Dans le top 5 des espèces les plus douées en la matière, on trouve... le suricate (20 % sont tués par des congénères), deux espèces de singes, puis deux espèces de lémuriens. Le lion n'arrive qu'en neuvième position, et le loup en onzième. Au total, 2 % des primates s'entretuent.

Une organisation étatique diminue les violences

En tant que primate, l'homme partage donc au moins en partie cette propension violente, une statistique vérifiée chez l'homme de Neandertal ou chez Homo sapiens. Les chercheurs ajoutent à cela une observation : plus une espèce est territorialisée et sociale, plus la violence létale se fait prégnante. Avec l'évolution des premières sociétés humaines, les chercheurs ont établi les faits suivants : la violence létale, faible au paléolithique (environ 2 % des décès sont liés à la violence de congénères), remonte nettement à l'âge de fer et jusqu'au Moyen Âge (un peu plus de 10 %). L'époque moderne reste plus douce, si on met de côté bien évidemment les périodes de guerres mondiales. Mais le degré de violence dépend de l'organisation des sociétés humaines : entre 0,24 et 1,33 % des décès sont dus à des agressions entre humains dans des sociétés étatiques, et ce, tant dans l'Égypte des pharaons ou la Rome antique que dans les États actuels. Alors que chez les sociétés organisées en clans de chasseurs-cueilleurs ou en tribus, environ 3 à 4 % des décès étaient dus à des attaques entre humains, selon les sources archéologiques citées par les chercheurs.

À méditer, au calme.

Par Louise CUNEO sur Le Point.

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