::+:: Les alliances dans le Proche Orient ancien et dans la Bible

Comment et dans quelle mesure, les pratiques des alliances et des traités diplomatiques au Proche Orient ancien ont pu influencer la Bible ? 
Quels sont les apports, les limites et les dangers des approches comparatives en histoire ?


L'arche d'alliance amenée au Temple. Les Très Riches Heures du duc de Berry, au Musée Condé de Chantilly, France.
• Crédits : Pol, Hermann and Jannequin de Limbourg (1370s–1416); Jean Colombe / wikipedia

Nous arrivons ce matin au terme de la série que l’assyriologue, Dominique Charpin, spécialiste de l’époque paléo-babylonienne, titulaire de la chaire « Civilisation mésopotamienne », a consacré à l’actualisation de l’approche des « alliances au Proche-Orient ancien, entre droit et religion ».


Soulignant que la Bible est « remplie de récits d’alliances » en ouverture d’exposé et en suivant une approche historiographique, il questionne les travaux qui ont étudié les possibles parentés entre les traités hittites et la Bible. Ainsi sont croisés exemples hittites et bibliques, avec de nombreuses citations, sur les « préambules historiques » plus développés chez les premiers et plus succincts dans les deuxièmes, le rapport des clauses d’alliance avec le décalogue, le caractère dissymétrique des alliances, les balancements entre malédictions et bénédictions.

Concernant les rapprochements entre les textes néo-assyriens et la Bible, il s’attache en particulier aux questions de corpus et de comparaisons faussées dans l’énorme travail de Denis McCarty, Treaty and Covenant: A Study in Form in the Ancient Oriental Documents and in the Old Testament, sur les traités et les alliances dans l’Orient ancien et l’Ancien Testament.

Cela posé, Dominique Charpin continue à faire dialoguer les exemples tirés des archives mésopotamiennes avec les textes bibliques, sur la question de l’immolation de l’ânon au moment de conclure une alliance, sur les gestes représentés, le rôle du sang et il analyse longuement la passionnante expression littérale « d’un cœur complet ».

Ainsi dans les traités de Teill Leilan :
"je jure que je formule et présente ce serment par les dieux à Qarni-Lim en toute sincérité, (littéralement d’un cœur complet)."
En conclusion de cette série, l’épigraphiste, historien rappelle combien la ligne de partage entre les traités diplomatiques et les serments de fidélité peut -être ténue. Dans sa leçon inaugurale, il avait évoqué comment l’assyriologie avait dû se démarquer des études bibliques. Ce cours s’achève sur les limites des approches comparatives avec la Bible : les ressemblances de structures ne sont pas génétiques. Dans les alliances, les façons de faire se retrouvent sans qu’il y ait emprunt et du fait de la longue durée de certaines pratiques, il n’y a pas forcément, proximité de temps. Cela posé, Dominique Charpin qui codirige avec Thomas Römer, l’unité CNRS « Proche-Orient - Caucase : langues, archéologie, cultures » rappelle la nécessité d’aborder la Bible selon les dernières mises à jour de la recherche épigraphiste et archéologique.
"Aujourd’hui, l’assyriologie permet aux biblistes de mieux comprendre l’arrière-plan culturel dans lequel s’est développé le corpus qu’ils étudient." soulignait encore l’épigraphiste dans sa leçon inaugurale.
L’assyriologie dépend beaucoup de l’archéologie. Dominique Charpin a pu souligner combien
les « activités de terrain » des chercheurs "découlent directement des aléas de la politique. La fermeture de l’Iran à partir de la fin des années 1970 a entraîné une recrudescence de l’activité archéologique en Syrie, comme le lancement des fouilles de Tell Leilan. Il faut ici souligner les drames successifs qu’ont été pour l’Irak l’embargo postérieur à la première guerre du Golfe, puis la décomposition de l’État après l’invasion américano-anglaise de 2003. Toutes les missions archéologiques ont été arrêtées en 1991 ; elles n’ont pratiquement pas repris depuis. Hélas, les fouilles clandestines se sont multipliées, entraînant la destruction complète de certains sites importants, comme Isin. La violence qui sévit en Syrie depuis 2011 a eu également pour effet d’interrompre les activités archéologiques officielles...
Et nous gagnons l’amphithéâtre du Collège de France, pour le cours de Dominique Charpin, Les alliances au Proche-Orient ancien, entre diplomatie et religion, 22 juin 2016.

Intervenant:
Dominique Charpin : Professeur au Collège de France.

Article de l'émission "Les Cours du Collège de France" sur France Culture.

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