::+:: Le parfum de la reine de Saba enfin analysé

La composition exacte de l’encens, l’un des plus vieux parfums au monde, vient d’être analysée. / Wildlife/Andia
On en parle dans la Bible où il figure parmi les cadeaux offerts par les Rois mages à Jésus, ou par la reine de Saba au roi Salomon. L’encens, appelé également oliban (du latin médiéval olibanum), une gomme-résine exsudant de l’écorce des arbres boswellia (1), qui poussent dans les pays bordant la mer Rouge et le golfe d’Aden, est l’un des plus vieux parfums au monde.

L’encens, un parfum utilisé depuis 6 000 ans

On l’utilise depuis plus de six mille ans dans toutes les civilisations, depuis la Mésopotamie jusqu’à nos jours. Régulièrement brûlé lors des cérémonies religieuses, il contribue à l’odeur très particulière des églises. Étonnamment, on ne connaissait toujours pas la nature exacte des molécules qui confèrent à l’encens ce parfum si caractéristique.

Nicolas Baldovini et son équipe à l’Institut de chimie de Nice (CNRS-université de Nice) viennent de réussir à les identifier pour la première fois (2). « La difficulté était de trouver des méthodes d’analyse suffisamment précises pour caractériser ces substances odorantes présentes en très faible quantité (quelques centaines de parties par million) dans le parfum », observe le chimiste.

La possibilité de fabriquer un encens synthétique

Les chercheurs ont donc utilisé 3 kilos d’huile essentielle d’encens de Somalie, à partir desquels ils ont isolé un échantillon purifié d’environ 1 mg de deux constituants odorants, par une série de distillations, extractions et chromatographies. « Nous avons obtenu un mélange de plus en plus enrichi et, pour être sûrs que nous avions à faire à de l’encens, nous avons fait appel à des “nez”, car seul le nez humain est assez sensible pour détecter ces constituants en faible quantité », indique le chercheur.

Il a fallu ensuite déterminer la structure moléculaire de ces substances par résonance magnétique nucléaire (l’équivalent de l’IRM appliquée aux molécules). Les deux molécules, qui donnent à l’encens cette odeur, ont été identifiées et baptisées acides olibaniques. C’est la première fois que l’on découvre ces composés dans la nature. Puis l’équipe a synthétisé chacun des deux composés. Les chimistes ont ainsi prouvé par la synthèse qu’ils étaient identiques aux constituants naturels.

Ce travail a fait l’objet, en 2014, d’un dépôt de brevet français, étendu ensuite à l’Europe, les États-Unis et le Japon. Grâce à cette découverte, les parfumeurs ont désormais la possibilité de fabriquer ces molécules de façon artificielle, à volonté et de les utiliser dans différents parfums. Passionné, Nicolas Baldovini s’intéresse déjà à un encens d’Asie appelé « bois d’agar ».


Denis Sergent / La Croix 

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