::+:: Nul ne peut servir deux maîtres….


Dans la bouche du Christ, la critique de l’argent semble radicale. Être chrétien suppose-t-il dès lors de renoncer à utiliser cette invention humaine, ou de lui donner sa juste place, celle de créature ?

Nul ne peut servir deux maîtres, ou il haïra l’un et aimera l’autre, ou il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et l’argent.» (Mt 6, 24; Lc 16, 13.) Ces paroles de Jésus, sans doute parmi les plus connues, pourraient laisser penser qu’il existe une symétrie parfaite entre les deux «maîtres»: bien ou mal, ange ou démon, vertu ou vice… Or, il n’en est rien car, entre Dieu et l’argent, l’un est Créateur des êtres humains et l’autre créature de ceux-ci.

L’argent n’existe pas, sinon dans la confiance que ses créateurs – les humains – daignent accorder aux échanges qu’ils établissent entre eux grâce à lui. Je ne me fie pas à l’argent, mais à l’être humain qui s’accorde avec moi sur sa valeur. L’existence de Dieu est d’une tout autre nature. Si Dieu, infiniment bon et puissant, se fait humain avec les humains, c’est parce qu’il n’est qu’amour et qu’il destine chacun à n’être qu’amour. Les créatures de Dieu sont libres, libres d’aimer.

L’argent, lui, n’existe pas en tant que sujet apte à aimer. Servir deux maîtres consisterait à établir un parallèle entre Dieu et l’argent. À donner la même importance à la source unique de tout amour – à l’origine de mon être – et à ma création monétaire. Ce que je crée émane de moi même. Le servir revient à adorer ma personne à travers l’une de ses oeuvres. Dans cette maxime : «Vous ne pouvez servir Dieu et l’argent», se joue le drame de l’existence humaine : s’adorer ou adorer Dieu ! «Vous ne pouvez servir deux maîtres, Dieu et vous.»

Auto-idolâtrie

Servir soi-même, se placer comme me sure de toute chose, s’idolâtrer… En servant l’argent, je m’incline devant ce que je fabrique, je m’incline devant moi. Mais, attention ! Par définition, en me faisant le maître de moi-même, je me place moi-même comme mon esclave et, d’une certaine façon, je m’aliène moi-même.

Qui ne voit que la société souhaite que l’argent existe en soi ? L’homme sans repère tend à se doter de normes à sa mesure. Il fige comme un absolu sa création et feint de croire que l’argent subsiste indépendamment de soi. S’attachant à l’argent, l’homme ne peut que rejeter avec force tout ce qui, de près ou de loin, lui rappelle qu’il n’a fait qu’inventer des unités de compte esclaves de ses choix. Dans un premier temps, il rejette Dieu en ce qu’il manifeste la dissymétrie entre la création d’un sujet libre d’aimer et un concept inanimé – l’argent – dénué d’objectivité tangible. Dans un second temps, il rejette l’autre, celui qui ne pense pas comme lui, qui ne compte pas de la même façon, parce que sa seule présence montre la relativité de l’argent, sa fabrication par l’humain.

Enfin, il se rejette lui-même, puisque sa simple existence prouve qu’il a créé cet argent qu’il vénère.

En réfutant toute possibilité de servir l’argent, l’Évangile propose à chaque être humain une voie de libération. La reconnaissance du Créateur comme origine de tout amour (et donc de toute relation) rend impossible l’impasse d’un homme esclave de l’argent, c’est-à-dire de soi-même. Mieux, libérant l’homme de son enfermement dans la pseudo-existence de l’argent, il rend possible l’échange vrai qui suppose – chacun en fait l’expérience – la gratuité. Le contexte du verset : «Nul ne peut servir deux maîtres» va précisément dans ce sens. Avec Matthieu, on se nourrit comme les oiseaux du ciel et on se vêt comme les lys des champs; chez Luc, on va encore plus loin, on se fait des amis avec l’argent malhonnête. Dans tous les cas, il s’agit de se servir de l’argent, non de le servir. 2000 ans plus tard, le monde ne l’a, semble-t-il, toujours pas compris. 

Extrait du Dossier Profaner l'argent, in Témoignage chrétien, supplément au n°3634 du 14 mai 2015
de Bertrand Rivière - Source : TC


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