::+:: MONT NÉBO - Dans le regard de Moïse

Du sommet du mont Nébo, Moïse aperçut la terre promise par Dieu. Le site est l’un de principaux lieux saints de Jordanie, entretenu par des religieux franciscains et des bédouins jordaniens.
Certains selfies revêtent plus de sens que d’autres. Au centre du panorama offert par le sommet du mont Nébo, à l'ouest de la Jordanie, une jeune Chinoise capture son image en quelques clics, par peur de paraître égocentrique face aux amis qui l'accompagnent. Qu’elle se rassure, le besoin d'attester sa présence sur ce lieu saint est partagé par tous. Chacun tente de prendre la place de Moïse regardant au loin la Terre promise, le Pays de Canaan, qu’il ne pourra jamais atteindre. Ils rêvent de saisir les pensées du prophète observant, pour une dernière fois, partir son peuple, les Hébreux, qu'il s'est battu pour guider depuis leur fuite d’Égypte. Pour les chrétiens, le mont serait également l’endroit où Moïse est mort et enterré.

Aujourd'hui, malgré la brume, notre regard embrasse la mer Morte et les villes saintes de Jéricho, Bethléem et Jérusalem. Ces lieux emplis de mystères se cachent entre des collines de roche et de grès, balafrées de routes qui serpentent, pour le plus grand bonheur des conducteurs de pick-up.

« Rester simple comme Moïse »


Sur ce sommet se bousculent ce jour de nombreux touristes et pèlerins, parmi lesquels des Jordaniens séduits par la publicité du gouvernement jordanien autour du mont Nébo. « Ce mois-ci, nous recevons près de 250 personnes par jour de nationalités diverses, mais très peu d’Israéliens et d’Européens », comptabilise Odah, au guichet du site.

Les aspirations des visiteurs sont également variées. C'est en quête de simplicité que David, protestant évangélique originaire de Corée, retourne sur le mont, lorsque son agenda le permet : « Moïse, figure biblique de première importance, nous donne une leçon d'humilité à chacun. Toute sa vie, le prophète a œuvré pour le peuple hébreu et pourtant, aujourd'hui, personne ne sait où il a été enterré. Ainsi, dans mon travail au sein d'une ONG pour l’accueil des réfugiés en Jordanie, je ne dois pas chercher à devenir célèbre, mais rester simple comme Moïse. »

Pressé, le groupe de Coréens auquel appartient David, bandoulière d'appareil photo autour du cou, disparaît, laissant place à un couple de retraités néerlandais, regardant, songeurs, le paysage. « Une belle exposition sur Pétra, à Londres, nous a incités à venir découvrir la Jordanie. Après avoir visité cette célèbre cité creusée à même la roche, nous profitons de notre venue pour explorer d'autres sites culturels. Comme nous ne sommes pas croyants, le mont Nébo nous intéresse surtout pour son histoire », confie Amy, 63 ans, enchantée par le soleil qui embellit ses vacances.

Franciscains et bédouins, main dans la main


Le site est également parsemé de vestiges archéologiques rappelant que le mont Nébo est lieu de pèlerinage depuis l'époque byzantine, du IVe au début du VIIe siècle. Un grand nombre de ces témoignages est regroupé dans la basilique du mausolée de Moïse, malheureusement en restauration et actuellement fermée au public. En son sein, un ensemble de constructions, tel cet ancien diakonikon-baptistère, décoré d’une mosaïque exprimant l'opposition entre vie sauvage et vie domestique. Ces joyaux du passé se mêlent à des sculptures contemporaines, en souvenir de l'histoire récente du site. À l'entrée se dresse une large stèle en pierre, bâtie après la visite du pape Jean- Paul II, en 2000. Des messages de paix, en arabe et en latin, y sont inscrits, ainsi que des représentations des prophètes et des pères franciscains.

L'hommage à cet ordre religieux n'a rien de surprenant : si le lieu continue d'inspirer les visiteurs, c'est grâce au travail de ces frères qui ont fait rejaillir son passé. Depuis 1933, date de l'acquisition du mont par les franciscains, des générations de religieux se sont succédé pour mener des fouilles archéologiques. Aujourd'hui, trois frères vivent toujours au sommet du mont Nébo. « Même si nous ramassons les déchets, notre mission dépasse la sauvegarde du site. Quand les gens viennent contempler le panorama et les vestiges, nous leur demandons de regarder plus loin et de comprendre que c'est à la faveur de Dieu que nous sommes là », soulève avec son fort accent le moine irlandais Fergus Clarke.

De l'aube au coucher du soleil, les pères et frères travaillent main dans la main avec des Jordaniens. Une telle cohabitation n'est pas le fruit du hasard, mais d'une histoire. Odah, musulman, aujourd'hui chargé de l'accueil des visiteurs, en témoigne. Une part des terres du mont Nébo appartenait à sa famille bédouine, qui l'a revendue aux Franciscains à leur arrivée. L'argent n'était pas la seule condition de cette négociation : la famille souhaitait garder son habitation sur ces terres et continuer, au fil des générations, à travailler sur place afin de profiter de son histoire. « Certains jours, je me rends en haut du site, Moïse étant un prophète de l'islam, et je me rappelle qu'il faut qu'on se respecte les uns les autres. La tolérance est centrale », témoigne-t-il.

Cette coexistence entre franciscains et bédouins, catholiques et musulmans comporte son lot de surprises et d'humour : « Hier soir, un prêtre franciscain de retour sur le site a pris peur. Le chien de garde a commencé à aboyer et à s'approcher de lui… J'ai dû le sauver ! », rigole encore Odah en se remémorant la scène.

Alice Papin pour le journal Le Monde.

Posts les plus consultés de ce blog

::+:: Découverte du siècle: le tombeau d'un souverain maya retrouvé

::+:: La seule religion d’Etat (4eS)

::+:: Les preuves historiques de l’existence de Jésus (3) : Témoignages externes sur les 4 évangiles