::+:: Le sceau d’un roi de la Bible découvert à Jérusalem


En décembre dernier, l’archéologue israélienne Eilat Mazar annonce avoir fait une découverte historique : l’empreinte du sceau d’un roi de la Bible, Ézéchias, qui régnait à Jérusalem quelque sept cents ans avant Jésus-Christ. Que nous révèle cette trouvaille ? Quelles en sont les implications sur le plan historique et religieux ? Décryptage.

Le sceau


L’objet mesure à peine plus d’1 cm, et pourtant, la découverte est de taille : c’est la première fois qu’une inscription mentionnant un roi de la Bible hébraïque est exhumée au cours de fouilles archéologiques à Jérusalem. Cet objet est une empreinte de sceau sur bulle d’argile mesurant 13,4 mm en largeur et 11,9 mm en hauteur. Déjà dans l’Antiquité, les sceaux servaient à authentifier les documents émanant d’un personnage important : notable, haut fonctionnaire, prêtre, gouverneur, prince… sans oublier les rois bien sûr ! Ces sceaux étaient gravés à l’aide de motifs ou de termes permettant d’en identifier le propriétaire. Pour sceller un document, il suffisait alors d’imprimer le sceau sur une surface malléable telle l’argile fraîche.

Sceau cylindre découvert à Mari (Louvre, AO 18368).
Si le document lui-même était écrit sur une tablette d’argile, le sceau pouvait simplement être apposé à la fin du texte, à l’instar d’une signature en bas d’une lettre. Les tablettes d’argile étaient courantes en Mésopotamie (l’actuel Iraq) et leur usage s’étendait jusqu’en Égypte en passant par la Syrie et la Palestine. Les sceaux étaient alors le plus souvent de forme cylindrique, et l’on déroulait le sceau sur la tablette — tel un rouleau à pâtisserie — pour y transférer le motif. Mais le sceau dont l’empreinte a été découverte à Jérusalem est d’un autre type : il s’agit d’un cachet, de forme ronde, qui était serti dans une bague et que l’on apposait tel un tampon. Le document ainsi authentifié n’était pas une tablette cunéiforme, mais un papyrus enroulé, entouré d’une ficelle nouée puis scellé à l’aide d’une bulle d’argile estampillée du cachet royal. D’ailleurs, les traces du papyrus sont encore visibles au revers de la bulle.

L’inscription


Ce sceau comporte trois registres : les registres supérieur et inférieur comportent des lettres hébraïques, tandis que le registre central comporte deux motifs. Intéressons-nous d’abord aux lettres : elles ne ressemblent guère à l’hébreu moderne, et pour cause : il s’agit de lettres dites paléo-hébraïques. Leur origine remonte au IIe millénaire avant J.-C., lorsque des Sémites adaptent les hiéroglyphes égyptiens pour créer le premier alphabet. Celui-ci se développe lentement avant d’être adopté par les Phéniciens, les Araméens et les Hébreux notamment. Il donnera naissance à l’alphabet grec, puis latin, mais aussi à l’alphabet arabe. Voici ce que l’on peut lire sur ce sceau (ici en lettres hébraïques traditionnelles) :

לחזקׄיהו.אחׄ
ז.מלך.יהדׄ[ה]

Ce qui signifie : « À Ézéchias (fils de) Ahaz, roi de Juda ». Or, ce roi est mentionné dans la Bible à partir du second livre des Rois, chapitre 16, verset 20 : « Ahaz se coucha avec ses pères et fut enterré avec ses pères dans la cité de David. Ézéchias, son fils, régna à sa suite ». Le texte de ce sceau concorde parfaitement avec les données bibliques ; pour la première fois de l’histoire, un roi de la Bible hébraïque apparaît sur une inscription découverte lors de fouilles archéologiques à Jérusalem !

Que sait-on sur ce roi ? Selon la Bible, Ézéchias régna de 716 à 687 environ avant J.-C. Son règne fut long et prospère ; Ézéchias agrandit la capitale de son royaume, Jérusalem, afin d’accueillir les nombreux Israélites venus s’installer en Juda suite à la destruction de leur royaume par les armées assyriennes vers 722. Ézéchias lui-même résista aux troupes assyriennes qui assiégèrent Jérusalem vers 701. La Bible présente sa victoire comme signe de la faveur divine, évoquant à plusieurs reprises sa fidélité à Yahwé, le dieu d’Israël. Ainsi apprend-on par exemple qu’Ézéchias fut l’auteur d’une réforme religieuse visant à mettre fin aux pratiques idolâtres ou syncrétistes qui avaient cours en Juda. Pourtant, la bague qu’il portait au doigt pourrait contredire ce portrait idyllique… Explications.

Les motifs


Entre les registres supérieur et inférieur, le cachet du roi Ézéchias comporte deux motifs. Or, ceux-ci sont tout droit issus de l’Égypte : la croix ansée, appelée ânkh, représente la vie dans les hiéroglyphes égyptiens ; le soleil à son zénith, bardé de rayons et doté de deux larges ailes déployées en signe de protection, est l’une des principales divinités égyptiennes connue sous le nom de Rê (« celui qui fait »), associé plus tard à Atoum, dieu solaire créateur. Que viennent donc faire ces motifs égyptiens sur le sceau du roi Ézéchias ?

Dès le IIe millénaire avant J.-C., la Palestine est dans le giron du puissant empire d’Égypte. Ainsi a-t-on retrouvé, lors de fouilles archéologiques en Égypte, la correspondance entre le pharaon Akhénaton (XIVe siècle avant J.-C.) et le gouverneur de Jérusalem, un certain ʿAbdi-Khéba. Un demi-siècle plus tard, le pharaon Séti Ier érige une stèle à Beth-Shean (au nord d’Israël) sur laquelle il commémore ses victoires dans la région. L’influence de la civilisation égyptienne perdure des siècles durant, comme en attestent les nombreux objets égyptiens ou égyptisants découverts sur les sites archéologiques de la Palestine antique. D’ailleurs, un millénaire plus tard, au IIIe siècle avant J.-C., c’est à nouveau un pharaon, le roi grec Ptolémée II, qui règne sur la Judée.

Dans ce contexte, il n’est guère surprenant qu’un Hébreu adopte des motifs égyptiens sur son cachet, et le cas d’Ézéchias n’est pas unique. Reste qu’on est loin du culte aniconique (c’est-à-dire sans représentation du divin) prôné par certains textes bibliques, et qui ne se développera en réalité que deux siècles après Ézéchias : les fouilles archéologiques révèlent un abandon des objets cultuels domestiques, tandis que les cachets ne figurent plus de représentations divines.

Entre chasse au trésor et chasse aux sorcières


Cette découverte jette un autre pavé dans la mare. Depuis une dizaine d’années, plusieurs empreintes du même sceau circulent sur le marché des antiquités. N’ayant pas été découvertes lors de fouilles archéologiques régulières, elles ont suscité les critiques de nombreux spécialistes affirmant qu’elles étaient l’œuvre de faussaires. Cet ultra-scepticisme est même devenu une mode, si bien que tout objet en rapport avec un personnage biblique est immédiatement disqualifié dès lors que sa provenance n’est pas établie. Les épigraphistes qui auraient le malheur de publier ces inscriptions sont accusés de collaborer avec les faussaires, comme ce fut le cas pour Robert Deutsch, qui a publié la première empreinte du sceau d’Ézéchias en 2003.

Une telle chasse aux sorcières ne tient pas compte des réalités politiques actuelles : les territoires palestiniens ne bénéficient pas d’une infrastructure à même de préserver les sites archéologiques comme c’est le cas en Israël, en Jordanie ou en Égypte. Cette situation est évidemment dramatique, tout comme le pillage et la destruction de sites archéologiques en Iraq ou en Syrie. Entre pressions politiques et lobbying religieux, les scientifiques ont parfois du mal à conserver l’objectivité qu’exige leur discipline.

Ainsi est-ce Elad, un puissant lobby israélien, qui a financé les fouilles au cours desquelles Eilat Mazar a découvert cette nouvelle empreinte de sceau en 2009. Les preuves archéologiques d’un royaume hébreu à Jérusalem plusieurs siècles avant notre ère sont immédiatement mises à profit par les politiques, à l’instar du premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, qui écrivait le 2 décembre sur sa page Facebook : « Cette découverte est une preuve supplémentaire des liens étroits entre le peuple juif et Jérusalem, notre capitale éternelle et indivise. C’est également une réfutation de l’affirmation absurde selon laquelle nous serions des colonialistes en terre étrangère ». À l’inverse, d’aucuns s’empresseront d’affirmer qu’Ézéchias était davantage égyptien que juif, sur la base des motifs représentés sur son cachet royal, et que sa religion n’avait rien à voir avec le judaïsme d’aujourd’hui. Ballotté, le sceau oscille entre ultrasionisme et judéophobie.

Une découverte riche d’enseignements


La découverte de cette empreinte confirme l’existence du roi Ézéchias de Juda quelque sept cents ans avant Jésus-Christ et, corollairement, l’authenticité de l’empreinte du même sceau publiée il y a une dizaine d’années déjà. Elle s’ajoute à la masse croissante de données archéologiques montrant la fiabilité du cadre historique général dans lequel s’inscrivent les récits bibliques pour la période des royaumes d’Israël et de Juda. Elle souligne en outre l’influence majeure de l’Égypte sur les Judaïtes, non seulement sur le plan politique, mais également sur les plans culturel et religieux, bien avant la naissance du judaïsme tel que nous le connaissons. Elle permet ainsi de mieux comprendre les milieux de rédaction de la Bible hébraïque en les replaçant dans leurs contextes historiques.

Michael Langlois pour The Conversation 
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