::+:: Agnès Gonxha sera la troisième grande sainte catholique à se prénommer Thérèse

La religieuse en visite dans un mouroir qu'elle avait fondé en 1952 à Calcutta.

Elle a été béatifiée en 2003 par Jean-Paul II. De bienheureuse, elle accédera au rang de sainte dans une dizaine de jours, par décret du nouveau pape argentin, et pour avoir depuis accompli un miracle reconnu et décisif en guérissant un prêtre d’un calcul à l’urètre, en 2007. Mère Teresa s’était éteinte d’une tumeur à l’estomac 10 ans plus tôt à Kolkata, que les Anglais avaient rebaptisé Calcutta, la cité principale de la partie occidentale de l’Inde, la troisième du pays.

Une agglomération tentaculaire, populeuse et miséreuse qu’elle découvrit à ses 19 ans, en fragile petite missionnaire d’une congrégation irlandaise des Sœurs de Lorette. En Irlande, elle avait troqué son prénom albanais Agnès Gonxha (bourgeon) contre celui de Sister Teresa, dans le sillage éblouissant de Thérèse d’Avila, l’Espagnole, et de Thérèse de Lisieux, la Française. C’est en citoyenne de l’Inde qu’elle mourut en 1997, un pays auquel elle voua, dès janvier 1929, toutes ses forces de charité et sa foi catholique. Elle y fut inhumée en pauvreté, selon ses volontés.

Un peu comme le Mahatma Gandhi


En contrepartie, l’Inde lui organisa des funérailles nationales, en lui attribuant une importance patrimoniale presque égale à celle du Mahatma Gandhi, la «grande âme» de la nation. Son souvenir anime encore les catholiques de son pays d’adoption au point qu’ils exhortent le pape François à venir la sanctifier le 4 septembre prochain à Calcutta plutôt que sur la place Saint-Pierre. Une idée que la concernée aurait probablement agréée mais qui, au Vatican, risquait de tournebouler un protocole immuable et millénaire… Finalement, sa canonisation se déroulera à Rome, mais précédée et suivie par d’autres célébrations dans le monde. En Inde, à Paris et en Macédoine, sa terre natale.

Résumer exhaustivement les 87 ans de vie de cette future sainte Teresa est une gageure. De sa naissance un 26 août à Skopje, dans les Balkans, elle vécut son enfance au Kosovo, et y fut appelée par Dieu déjà à ses 12 ans. Après son séjour monacal en Irlande mentionné plus haut, elle put enfin mettre le cap vers l’Inde des pauvres, dont des images la hantaient prémonitoirement.

Récit d'un destin


Dans Mère Teresa, la maman de Calcutta, un très beau récit de son destin, qui vient de paraître aux Editions Saint-Augustin, de Saint-Maurice – et qui se veut moins une biographie qu’une immersion romanesque –, le Milanais Roberto Allegri imagine, avec une intuition empathique et une narration peu digressive, les émotions successives de Mère Teresa en chemin, bien malgré elle, vers cette sainteté officielle dont elle n’aurait pas voulu. Après l’avoir campée dans une prime jeunesse albanaise, il la fait découvrir enfin le semi-continent qui la faisait rêver, mais qu’elle avait différemment idéalisé: «Et quand le bateau accoste à Madras, de nombreux doutes l’assaillent. L’air est pesant, saturé d’humidité et d’odeurs inconnues, du relent nauséabond de la saleté et de la misère.»

Une dévotion absolue


Suivent quarante ans de dévotion absolue envers des faméliques décharnés, des malades, des bannis, des mourants. Un an avant sa propre mort, en 1997, la congrégation qu’elle dirigeait avec douceur, sans dirigisme, comptait 517 missions dans une centaine de pays. Une forme de mondialisation religieuse qui ne l’impliquait pas pour autant dans la modernité grouillante. Il lui arriva de se méfier de la modernité: en acceptant, le 17 octobre 1979 un Prix Nobel de la paix, Mère Teresa émailla son discours d’Oslo de convictions contre l’avortement qui seront jugées antiféministes: «De nos jours, nous tuons des millions d’enfants à naître, et nous ne disons rien. Prions tous pour avoir le courage de défendre l’enfant à naître et pour donner à l’enfant la possibilité d’aimer et d’être aimé.» Avec ça, elle était une femme qui préférait agir, en faisant du bien autour d’elle. Sa devise était «Parler le moins possible de soi». Et, quand on l’acculait à résumer son identité: «Par mon sang, je suis Albanaise, par ma nationalité, Indienne. Par ma foi, je suis une religieuse catholique. Pour ce qui est de mon appel, j’appartiens au monde. Pour ce qui est de mon cœur, j’appartiens entièrement au Cœur de Jésus.» (24 heures)

Par Gilbert Salem pour le journal 24 Heures

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