::+:: Trois sites chrétiens au patrimoine de l'UNESCO

L'église du monastère de sainte Hripsimian, à Ani (photo wikimedia communs)
Le Comité du patrimoine mondial qui tient sa 40e session à Istanbul, en Turquie, a inscrit le 15 juillet 2016, cinq nouveaux sites dans sa liste, dont trois liés à l’histoire du christianisme antique et médiéval.

Evangélisée par l’apôtre Paul

La cité fortifiée antique de Philippes s’étale au pied d’une acropole située dans l’actuelle région de la Macédoine-orientale-et-Thrace, au nord de la Grèce, sur l’ancienne route reliant l’Europe à l’Asie, la Via Egnatia. Fondée en 356 avant J.-C. sous le roi macédonien Philippe II, la ville se développe ensuite comme une “petite Rome” après sa conquête par les Romains lors de la bataille de Philippes, en 42 avant J.-C. Les monuments hellénistiques tels que le grand théâtre et le temple funéraire sont alors complétés par des édifices typiquement romains comme le forum. La ville devient ensuite un centre de la foi chrétienne après la visite de l’apôtre Paul en 49-50. Les vestiges de ses églises sont un témoignage exceptionnel de l’établissement primitif du christianisme.

Ecrite par saint Paul, l’Epitre aux Philippiens a conservé la mémoire de cette époque. Vers la fin de l’année 49. Paul évangélisait les contrées du nord de l’Anatolie. Il aurait voulu poursuivre plus loin sa mission en Asie, quand, d’après le récit des Actes des Apôtres (16, 6-10), il fut poussé par l’Esprit à prêcher l’évangile en Macédoine. Après un voyage par mer, il parvint à Philippes, accompagné de Timothée et de Silas. Dans cette ville, la communauté juive était si petite que, ne disposant pas de synagogue, elle se réunissait au bord d’un fleuve. C’est là que Paul annonça pour la première fois le nom du Christ en Europe, à un petit groupe des femmes venues pour la prière. L’une des femmes, une marchande de pourpre nommée Lydie, fut le premier fruit de son apostolat. Les Actes racontent la fin mouvementée du séjour de Paul à Philippes, où, avec Silas, il fut emprisonné et battu de verges. Il partit alors pour Thessalonique, où il parvint au printemps de l’année 50.

La communauté de Philippes lui resta toujours fidèle. A plusieurs reprises elle lui viendra en aide financièrement, notamment durant son emprisonnement. Dans sa lettre, Paul n’a que des paroles de louanges pour cette communauté qui l’aida aussi dans son évangélisation et qui eut à passer elle-même par des dures épreuves, supportées avec constance et fidélité.

Ani, la ville aux mille et une églises

Le site archéologique d’Ani est situé au nord-est de la Turquie sur un plateau isolé, en surplomb d’une rivière constituant la frontière actuelle avec l’Arménie. Cette cité associe des structures résidentielles, religieuses et militaires, caractéristiques d’un urbanisme médiéval construit au fil des siècles par les dynasties chrétiennes puis musulmanes. La ville connaît son apogée aux Xe et XIe siècles lorsqu’elle devient la capitale du royaume arménien des Bagratides et tire sa richesse de la maîtrise des échanges sur l’une des branches de la Route de la soie. Plus tard, sous les suzerainetés byzantine, seldjoukide et géorgienne, elle maintient son statut de carrefour important pour les caravanes marchandes. L’invasion mongole et un séisme destructeur en 1319 marquent le début du déclin de la cité. Ani offre un large panorama du développement architectural médiéval. Elle est surnommée la “ville aux mille et une églises”.

Définitivement annexée par la Turquie en 1918, après le génocide arménien et la Première guerre mondiale, Ani est laissée à l’abandon durant de nombreuses décennies, servant de carrière de pierres aux habitants des localités environnantes. Depuis quelques années, l’Etat turc a néanmoins pris conscience de l’importance de ce patrimoine exceptionnel et a lancé diverses campagnes de fouilles et de restaurations. Mais la frontière vers l’Arménie reste fermée.

Les tombes médiévales en ex-Yougoslavie

Les Cimetières de tombes médiévales ‘stećci’ regroupent 30 sites, situés en Bosnie-Herzégovine, en Serbie, au Monténégro et en Croatie. Un stećak (au pluriel: stećci) est une tombe monumentale. Leur nombre est estimé à 60’000 en Bosnie-Herzégovine; et 10’000 autres dans les trois pays voisins. Apparus au XIIe siècle, les stećci ont atteint leur apogée à la fin du XIVe siècle et au XVe siècle, avant de disparaître après l’occupation ottomane.

Les stećci sont pour la plupart sculptés en pierre calcaire. Ils comportent une grande diversité de motifs décoratifs et d’inscriptions qui, pour la plupart, restent énigmatiques encore aujourd’hui. On y trouve des spirales, des arcades, des rosettes, des feuilles de vigne et des grappes de raisin, des soleils et des croissants de lune. Parmi les motifs figurés, on trouve des daims, des personnages dansant, des scènes de chasse, etc.

Selon certains historiens, ces tombes seraient liées à l’Église bosnienne, apparue en 1252 à la suite d’un schisme avec l’Église catholique romaine, avant de disparaître avec l’effondrement du royaume de Bosnie en 1463, après l’invasion ottomane. Mais d’autres chercheurs considèrent que les stećci reflètent un phénomène culturel régional plutôt que l’appartenance à une confession religieuse particulière.

En 2009, les quatre pays ont proposé conjointement l’inscription des stećci sur la Liste du patrimoine mondial de l’Humanité. Une pareille proposition conjointe constituait une nouveauté. (cath.ch-apic/com/mp)

par Maurice Page pour Cath.ch

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