::+:: Qui sont les catholiques athées ?

© Alain Robert/Aperçu/SIPA
La douceur des vacances – ce pas de côté – vous invite au calme. Profitons-en. Essayons de comprendre au lieu de nous abandonner à la seule indignation. C’est pourtant cette dernière qui d’abord m’habita en découvrant début août les diatribes de l’extrême droite contre le pape. De Marion Maréchal-Le Pen à Marine Le Pen, en passant par Robert Ménard ou Gilbert Collard, tous ont invectivé le pape François – et sur quel ton ! –, coupable d’avoir observé que dans « presque toutes les religions » il y avait des fondamentalistes. « Et nous en avons aussi », osa-t‑il ajouter dans l’avion qui le ramenait de Cracovie !

Quoi ? Mettre sur le même plan les barbares musulmans et les chrétiens ou les juifs ! Sur les réseaux sociaux, c’est une haine toute nue qui s’exprima aussitôt, avec des hashtags injurieux du genre #GrosCon et ou #PasMonPape. Un détail trahit l’inculture de nos justiciers. La diatribe de Robert Ménard, qui comparait le pape à ces « bobos des beaux quartiers », fut publiée sur le site Boulevard Voltaire. De quoi rire ! Ménard, volontiers donneur de leçons en matière de défense de la chrétienté, a peut-être oublié que ­Voltaire n’a cessé de dénoncer le fanatisme dans toutes les religions.

En réalité, on voit réapparaître au cœur de l’extrême droite française un courant de pensée qu’il faut bien qualifier de catholicisme athée. L’expression se réfère à une formule de Charles Maurras, fondateur de l’Action française : « Je suis athée, mais catholique. » Maurras voulait dire par là que le message évangélique ne l’intéressait pas, mais qu’il voyait dans l’Église une institution garante de l’ordre social.

Dans les années 1920, Mussolini, créateur du fascisme italien, déclarait lui aussi qu’il respectait dans l’Église « la plus grande force conservatrice de l’histoire ». En gros, non au christianisme, mais oui à l’Église ; non à l’Évangile, mais oui à ce que Bernanos appelait « l’esprit clérical ». Je ne cite pas ce dernier par hasard. Et pas seulement parce que j’ai fait de la relecture de son œuvre dite de combat mon devoir de vacances, mais parce que ce grand chrétien, après sa rupture avec ­Maurras, ne cessa de combattre ce cléricalisme conservateur et belliqueux. 

Il a vu les évêques espagnols bénir les soudards franquistes pendant la guerre d’Espagne. Dans les Grands Cimetières sous la lune, il dira magnifi­quement son refus douloureux de ce catholicisme. Entre 1938 et 1945, alors que ­Bernanos et les siens séjournent au Brésil, il revient à plusieurs reprises sur la médiocrité de cet « esprit clérical », qui en mettant l’ordre social en avant devient « le sournois intermédiaire du mauvais riche ».

Nos compatriotes, sans le savoir, reprennent aujourd’hui à leur compte le catholicisme athée de Maurras. Ils se montrent aussi peu concernés que lui par le message évangélique. L’ironie cinglante de Bernanos, par-dessus les décennies, leur est donc adressée. Dans Scandale de la vérité (1939), voici ce qu’il dit de ces chrétiens peu évangéliques : « Ils croiraient volontiers que le Christ est mort uniquement pour la sécurité des propriétaires, le prestige de tous les hauts fonctionnaires et la stabilité des gouvernements. » Soixante-dix-sept ans après, voilà qui nous parle…

Jean-Claude GUILLEBAUD, Journaliste, Écrivain et Essayiste pour le journal LA VIE


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