::+:: Ouvrir les yeux


On sait que la stratégie de l’Etat islamique consiste à chercher à déclencher partout en occident des guerres civiles entre les populations musulmanes et les autres. L’une des conséquences des divers attentats pourrait en effet être que se multiplient les agressions contre les personnes de confession musulmane.

C’est sans doute cette crainte qui conduit nos gouvernements à surprotéger l’islam, en dénonçant à tout va l’islamophobie, prenant ainsi la défense d’une religion de manière totalement inédite.

Il est frappant de voir comment toute discussion sur le lien entre l’islam et le terrorisme se transforme à une vitesse supersonique en une mise en accusation des chrétiens : n’y a-t-il pas aussi de la violence dans la Bible ? Les chrétiens n’ont-ils pas eux aussi fait la guerre au nom de Dieu ? Pour finir, les Croisades, les Inquisitions et Galilée viennent renforcer par l’exemple ces affirmations définitives. Au besoin, on va exhumer tel obscur auteur des premiers siècles chrétiens pour montrer que des chrétiens, eux aussi, ont pu appeler à la guerre sainte.

C’est une sorte de dérivée du fameux « point Godwin », qui pourrait se formuler ainsi : « toute critique de l’islam se dissout dans une mise en accusation de la civilisation chrétienne ».

Du fait de la dissolution de nos liens sociaux, la violence de chacun envers chacun tend à se libérer. On ne saurait trop rappeler combien l’individualisme moderne tend à faire de chacun un rival dans la quête de mon intérêt personnel, l’Etat n’étant présent que pour arbitrer les conflits. Depuis Machiavel, nous ne sommes plus à la recherche d’un bien commun qui nous unit, dont la loi exprime les exigences. Chaque individu au contraire recherche la jouissance maximale, la loi apparaissant alors comme une contrainte qu’il faut bien tolérer si je ne peux m’y soustraire.

Il n’est donc pas étonnant que la violence naisse à l’égard des personnes identifiables à cet islam qui menace notre mode de vie. Mais il n’est pas étonnant non plus que cet islam radical séduise ceux-là mêmes que notre mode de vie ne comble pas, l’espérance, la sécurité et la toute puissance que cet islam radical apporte :

Espérance, puisque le Coran promet le paradis à ceux qui meurent « dans le chemin d’Allah ». La sourate 9 verset 7, par exemple, pose « Comment y aurait-il pour les associateurs un pacte admis par Allah et par Son messager? A l'exception de ceux avec lesquels vous avez conclu un pacte près de la Mosquée sacrée . Tant qu'ils sont droits envers vous, soyez droits envers eux. Car Allah aime les pieux. » et poursuit au verset 14 « Combattez-les. Allah, par vos mains, les châtiera, les couvrira d'ignominie, vous donnera la victoire sur eux et guérira les poitrines d'un peuple croyant. ». Le verset 111 est dans le même esprit : « Certes, Allah a acheté des croyants, leurs personnes et leurs biens en échange du Paradis. Ils combattent dans le sentier d´Allah: ils tuent, et ils se font tuer. » Plus loin sourate 4 verset 76, il est encore dit « Qu'ils combattent donc dans le sentier d'Allah, ceux qui troquent la vie présente contre la vie future. Et quiconque combat dans le sentier d'Allah, tué ou vainqueur, Nous lui donnerons bientôt une énorme récompense. » Notons qu’il s’agit bien d’être tué, ce qui renvoie bien à un combat de guerre.

Sécurité, puisque le respect absolu des innombrables règles assure d’être dans ce droit chemin. La lecture des hadiths étonne par la minutie avec laquelle chaque action du croyant est réglée, jusqu’à la manière d’uriner ou de cracher, ne laissant pas de place, à l’extrême, à l’initiative individuelle et donc à l’inquiétude de la responsabilité. Mais cette sécurité reste relative, le croyant n’étant jamais certain d’en faire assez. Le martyr peut alors paraître comme l’ultime assurance.

Enfin sentiment de toute-puissance, puisque le croyant mène le combat d’Allah lui-même, comme en témoigne par exemple la sourate 47, verset 4 :

« Lorsque vous rencontrez (au combat) ceux qui ont mécru frappez-en les cous. Puis, quand vous les avez dominés, enchaînez-les solidement. Ensuite, c'est soit la libération gratuite, soit la rançon, jusqu'à ce que la guerre dépose ses fardeaux. Il en est ainsi, car si Allah voulait, Il se vengerait Lui-même contre eux, mais c'est pour vous éprouver les uns par les autres. Et ceux qui seront tués dans le chemin d'Allah, Il ne rendra jamais vaines leurs actions. »

Bien sûr, toute violence n’est pas religieuse et, bien sûr, les textes d’autres religions incitent également à la violence. Mais il ne sert à rien de se lamenter sur les Croisades, qui ne furent d’ailleurs au départ que des expéditions destinées à venir en aide aux populations chrétiennes persécutées par les Turcs à partir de 1071.

Quelques remarques s’imposent, afin de couper court à la dérivée du théorème de Godwin évoquée plus haut : Les textes bibliques, pour un chrétien, sont inspirés et non dictés : ils doivent donc être interprétés. La clé d’interprétation est le Christ, elle donne donc le principe de l’analogie de la foi, selon laquelle une péricope ne peut être interprétée seule mais toujours en cohérence avec l’ensemble de la Tradition reçue et confirmée par le magistère. Enfin, les textes bibliques sont lus dans leur histoire, comme un progrès vers l’Evangile qui en est leur accomplissement.

Il résulte de cela que les chrétiens ont pu tuer malgré leur texte fondateur, là où l’islamiste tue en obéissance à ses textes fondateurs.

Laissons donc ce mauvais procès, et encourageons plutôt les musulmans clairvoyants qui ont compris que l’islam devait envisager une réforme profonde. C’est leur affaire.

Efforçons-nous également de retrouver le sens du bien commun comme réalité morale, c'est-à-dire établi autour de la vertu morale de justice. C’est là notre affaire. La déliquescence de toute autorité a sa source dans la conscience qu’a chacun de ce que les hommes et les femmes qui nous gouvernent ne cherchent rien d’autre que leur propre maintien au pouvoir, et non un bien commun. Le rejet de l’islam est lié aussi à cela : nous savons combien l’islam est flatté en tant que réservoir d’électeurs. Nous n’avons plus confiance en eux et nous les méprisons comme sans doute jamais des dirigeants de notre pays ne l’ont été. En témoignent les émissions parodiques dans lesquelles l’incurie de nos dirigeants s’étale en boucle.

Mais la difficulté majeure de nos dirigeants devant l’islam est qu’ils se refusent à admettre que, devant la République et même dans le contexte de la laïcité, toutes les religions ne se valent pas : le christianisme a façonné notre histoire, nos campagnes et notre culture. Privées de leurs racines chrétiennes, nos valeurs sont des termes abstraits et sans chair. L’islam se présente comme une religion, et donc comme une culture avec ses propres valeurs. Empêtrés dans le relativisme et l’antichristianisme encore si vifs, nous n’osons plus nommer le bien et le mal. C’est dans ce vide du sens que l’islam s’engouffre.

Par Pascal Jacob - Écrivain Agrégé de philosophie pour la revue Mauvaise Nouvelle.

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