::+:: Brexit, gays, génocide, diaconesse, Benoît XVI: ce qu'a dit le pape François


BREXIT: une «sainte désunion» peut aider une Europe trop «massive»


«Dans l'union européenne, il y a une ambiance de division. Je pense à la Catalogne, à l'Écosse. Je ne dis pas que ces divisions sont dangereuses mais il faut bien les étudier. Et avant de faire un pas vers une nouvelle division, il faut parler à fond entre nous et trouver des solutions viables. Je n'ai pas étudié les raisons pour lesquelles le Royaume-Uni a pris cette décision. Mais il y a des divisions qui se font en vue d'une indépendance et par émancipation comme en Amérique latine ou en Afrique. L'émancipation est davantage compréhensible car elle est liée à une culture, à un mode de pensée. La sécession, au contraire, d'un pays - et je ne parle pas encore ici du Brexit -, je pense à l'Écosse par exemple, est une chose qui a donné son nom à ce que les politiques appellent la «balkanisation». Dans ce cas, c'est une sécession et non une émancipation. Pour moi, l'unité est toujours supérieure au conflit. La fraternité est meilleure que l'inimitié ou les distances. 

«Les ponts sont meilleurs que les murs»
«Les ponts sont meilleurs que les murs. Tout ceci doit faire réfléchir. Par ailleurs, je suis dans l'Union européenne mais je veux avoir des choses qui soient miennes, qui appartiennent à ma culture. Le pas que l'Union européenne doit franchir pour retrouver la force qu'elle connut avec ses racines, est un pas de créativité et de «saine désunion» entre guillemets. C'est-à-dire, donner plus d'indépendances, donner plus de libertés aux pays de l'Union européenne, penser une nouvelle forme de l'union. Être créatifs en économie pour des emplois car nous avons une économie liquide. En Italie, par exemple, 40 % des moins de 25 ans n'ont pas de travail! Il y a donc quelque chose qui ne va pas dans une union massive, lourde (massiccia en italien qui signifie, à la fois, massif mais lourd, NDLR). Mais ne jetons pas le bébé avec l'eau du bain. Cherchons à recréer, parce qu'il faut toujours recréer. C'est comme une personne humaine qui passe de l'adolescence à l'âge adulte. Cela donne la vie, cela donne la fécondité. Pour moi donc, les deux paroles clés pour l'Union européenne sont fécondité et créativité».

GAYS: «L'Église doit présenter ses excuses aux personnes qu'elle a offensées»

«Je redis ce que j'ai déjà dit et ce que le catéchisme de l'Église catholique enseigne: Les homosexuels ne sont pas discriminés. Ils doivent être respectés, accompagnés pastoralement. On peut condamner mais pas pour des motifs idéologiques certaines manifestations trop offensives pour les autres mais là n'est pas le problème. Le problème c'est une personne qui a cette condition, qui a une bonne volonté et qui cherche Dieu. Qui sommes-nous pour la juger? Nous devons les accompagner comme le dit le catéchisme. Certaines cultures ou certains pays ont une mentalité différente sur cette question. Je pense que l'Église doit présenter ses excuses aux personnes gays qu'elle a offensées comme l'a dit récemment le cardinal Marx, mais elle doit aussi présenter ses excuses aux pauvres, aux femmes délaissées, aux jeunes sans travail, et pour avoir béni tant d'armes. L'Église doit présenter ses excuses, disons les chrétiens, car l'Église est sainte et les pécheurs, c'est nous! Nous les chrétiens devons présenter nos excuses de ne pas avoir accompagné tant de déchirures, tant de familles... Je me souviens de la culture de Buenos Aires quand j'étais enfant, la culture catholique fermée, j'en viens…» 
«L'Église est sainte et les pécheurs, c'est nous!»
«Une famille divorcée ne pouvait pas entrer à la maison! La culture catholique a changé grâce à Dieu et les chrétiens doivent présenter leurs excuses mais aussi demander pardon. C'est un mot que nous oublions trop. Le prêtre patron, non, le prêtre père, oui. Le prêtre qui bastonne, non, le prêtre qui embrasse, pardonne, console. Il y en a tant des prêtres comme cela, aumôniers d'hôpitaux, de prisons, tant de saints que nous ne voyons pas parce que la sainteté est pudique, elle se cache. Le contraire de la pudeur, c'est se faire voir, se faire remarquer. Nous l'avons fait nous aussi, chrétiens, prêtres, évêques. Mais nous les chrétiens nous avons aussi Teresa de Calcutta et tant de Teresa de Calcutta! Tant de sœurs en Afrique, tant de laïcs, tant de mariages saints… Le bon grain et l'ivraie! C'est le Royaume et nous ne devons pas nous scandaliser de cela comme Jésus nous l'a dit. Nous devons prier pour que le Seigneur fasse que cette ivraie périsse et qu'il y ait davantage de bons grains. C'est la vie de l'Église… On ne peut pas faire de délimitations: Nous sommes tous saints parce que nous avons l'Esprit saint mais nous sommes tous pécheurs. Moi le premier! Donc, non seulement des excuses, mais le pardon.»

GÉNOCIDE: «En Argentine on utilisait toujours le mot génocide à propos de l'extermination des Arméniens»

«En Argentine, quand on parlait de l'extermination des Arméniens, on utilisait toujours le mot «génocide», je n'en connaissais pas d'autre. (…) Quand je suis arrivé à Rome, j'ai entendu parler des autres mots, «le grand mal», «la tragédie terrible». On m'a alors dit que le mot génocide était offensant et qu'il faut plutôt utiliser les deux autres termes. Mais j'ai toujours parlé des trois «génocides» du siècle dernier: le premier est arménien, le second est celui d'Hitler et il y a celui de Staline. Il y en a un autre en Afrique. J'ai donc questionné: «pourquoi ne pas utiliser le mot génocide» et l'on m'a dit que certains disent que ce n'est pas vrai. Mais j'ai vu aussi que Jean-Paul II avait utilisé les deux termes. Ce que j'ai fait l'année dernière en le citant. C'est mal tombé, il y a eu alors une déclaration de la Turquie qui a rappelé son ambassadeur (…) C'est le droit à la protestation et nous l'avons tous. Dans mon discours en Arménie, le mot génocide ne figurait effectivement pas dans le texte mais après avoir entendu le discours du président, reliant cela avec mon passé argentin et au fait de l'avoir utilisé, l'an passé, à Saint-Pierre, il aurait été mal venu de ne pas dire au moins la même chose….» 
«Je n'ai pas utilisé le mot “génocide” dans un esprit offensant»
«Mais je voudrais aussi souligner une chose: dans ce génocide, comme dans les deux suivants, les grandes puissances internationales regardaient toujours ailleurs. Certaines grandes puissances avaient les photos des voies de chemin de fer qui conduisaient à Auschwitz. Elles avaient la possibilité de bombarder et elles ne l'ont pas fait. Comme pour le génocide arménien on doit poser la question historique: pourquoi vous n'avez pas agi? Je n'accuse pas mais je pose la question. Je ne sais pas si c'est vrai et j'aimerais le savoir mais quand Hitler persécutait les juifs, il aurait dit «qui se souvient aujourd'hui des Arméniens… Faisons la même chose avec les juifs!» En Arménie donc je n'ai pas utilisé le mot «génocide» dans un esprit offensant. C'est un fait objectif.»

DIACONESSE: «On ne peut pas prendre une décision dans l'Église sans entendre les femmes»

«Ce qui est certain c'est que des femmes aidaient l'évêque dans sa mission aux premiers temps de l'Église. Elles l'aidaient pour le baptême des femmes qui se faisait par immersion, pour les onctions avant et après le baptême, et puis, cela fait rire aujourd'hui, elles vérifiaient le fait que des femmes qui venaient se plaindre d'être battues par leurs maris, l'avaient effectivement été, en contrôlant leur corps! À des religieuses qui m'ont demandé si on pouvait réétudier cela aujourd'hui j'ai donc répondu que l'on pouvait le faire à travers une commission. Mais voilà comment la presse l'a traduit le lendemain: «l'Église ouvre les portes aux diaconesses». 
«Ce n'est donc pas la fonction qui compte mais le mode de penser»
«Je me suis alors un peu fâché contre les médias car ce n'est pas dire la vérité aux gens! Je suis donc en train de constituer la liste des personnes qui composera cette commission. Beaucoup d'études ont déjà été menées à ce sujet, il ne sera donc pas difficile de faire la lumière sur ce thème. (…) Le travail de la femme dans l'Église est très important. Ce n'est pas tant la fonction de la femme qui est importante dans l'Église que la pensée de la femme. La femme pense autrement que l'homme et on ne peut prendre une décision sans entendre les femmes comme j'en ai souvent eu l'expérience à Buenos Aires où je demandais l'avis des femmes qui était toujours très fécond. Ce n'est donc pas la fonction qui compte mais le mode de penser, de voir les choses, des femmes. L'Église, enfin, est une femme. Ce n'est pas une femme citadelle, c'est une femme, épouse du Christ.»

BENOÎT XVI: «C'est le pape émérite et non le second pape. Il n'y a qu'un seul pape»

«À certaines époques l'Église a eu trois papes! Benoît est pape émérite. Il a dit clairement le 11 février 2013 qu'il donnait sa démission à partir du 28 février. Qu'il se retirait pour aider l'Église par la prière. Benoît est dans un monastère, il prie. Je suis allé le voir plusieurs fois, je l'ai eu au téléphone. L'autre jour, il m'a écrit une petite lettre avec sa signature pour me souhaiter un bon voyage. C'est une grâce que d'avoir à la maison le sage grand-père. Quand je lui dis cela, il rit! Pour moi, il est le pape émérite, le grand-père sage, il est l'homme qui veille sur mes épaules et sur ma nuque par sa prière. Je n'oublierai jamais le discours qu'il a donné aux cardinaux le 28 février: «Il y a parmi vous mon successeur, je promets obéissance» et il l'a fait. Puis, j'ai entendu dire, mais je ne sais pas si cela est vrai, que quelques-uns sont allés le voir pour se lamenter sur le nouveau pape et il les a chassés! De la meilleure manière, bavaroise, éduquée, mais il les a chassés...»

«C'est une grâce que d'avoir à la maison le sage grand-père»
«Et si cela n'est pas vrai, c'est bien trouvé parce que cet homme est ainsi: C'est un homme de parole. C'est un homme droit, droit, droit! C'est le pape émérite. Je l'ai remercié publiquement pour avoir ouvert ainsi la porte aux papes émérites. Avec l'allongement de la vie peut-on effectivement gérer une Église à un certain âge? Lui, avec courage, dans la prière, en conscience et en pleine théologie, il a décidé d'ouvrir cette porte et je crois que c'est bon pour l'Église. Mais il n'y a qu'un seul pape. Peut-être qu'il y aura un jour deux ou trois papes émérites. Mais ils seront émérites. Mardi, on célèbre le 65e anniversaire de son ordination sacerdotale. Son frère Georges sera là car ils ont été ordonnés le même jour. Il y aura un petit rassemblement avec des chefs de dicastère. Il y aura peu de gens car il le préfère ainsi, mais il a accepté ce principe, très modestement. J'y serai et je dirai quelque chose pour cet homme de prière, de courage. Mais c'est le pape émérite, et non pas le second pape. Il est fidèle à sa parole, c'est un homme de Dieu, très intelligent et qui pour moi, est comme un grand-père à la maison.»


Par Jean-Marie Génois pour le Figaro.


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