::+::« Habemus Papam », la fuite du pape

FILM SUR ARTE


Quand la curie vaticane est aux prises avec la diablerie ludique de Nanni Moretti.

A l’opéra, on appelle ça une prise de rôle. Pour le cardinal Melville, jadis candidat malheureux au Conservatoire d’art dramatique, on dira élection pontificale. Et comme un baryton qui, s’apprêtant à chanter Don Giovanni, découvre qu’il manque quelques tons à son registre, le cardinal est saisi d’une étrange paralysie. A peine élu, sans même avoir pris la peine de choisir son nom pontifical, Melville (Michel Piccoli) saute les murs de la cité du Vatican et se perd dans la Rome séculière.



Habemus Papam n’a que peu de chose à voir avec la religion et la foi. Il s’agit plutôt d’une complainte, écrite, mise en scène et interprétée par Nanni Moretti, homme de spectacle qui vit dans le regard des autres depuis quelques décennies. L’essentiel de ce film qui émeut souvent est constitué d’une matière mélancolique, d’une réflexion poétique sur le ­devoir et le plaisir, la liberté et ses limites. La force de l’émotion émane d’abord d’un homme, ­Michel Piccoli.



Gestionnaires et pantins


Nanni Moretti montre les car­dinaux comme une bande de vieillards d’abord anxieux que le calice pontifical soit tenu éloigné de leurs lèvres. En un geste d’une perversité ludique, Moretti dénie aux membres de la curie la qualité d’êtres politiques. Ils ne sont que les gestionnaires d’une société à but non défini qui voudraient résoudre la question de la direction à moindres frais.

Le processus électoral est rendu encore plus dérisoire par l’intervention de pantins journalistiques que le metteur en scène a disposés à des instants-clés. En vingt minutes, la nature spectaculaire d’une élection papale est établie, et c’est à ce moment que la figure qui est censée tenir le premier plan revendique sa qualité d’homme libre. Au lieu de se présenter au balcon qui donne sur la place Saint-Pierre, le cardinal Melville pousse un hurlement à fendre l’âme.

Michel Piccoli prend possession du film, entame alors une errance dans les rues de Rome, tandis que le Vatican est le théâtre d’une série de mises en scène aussi dérisoires que virtuoses, par lesquelles le cinéaste se moque de la religion, du journalisme, de la psychanalyse, du sport et de lui-même. Habemus Papam est l’un des plus beaux films de Nanni Moretti, un spectacle d’une invention constante.



" Habemus Papam, de Nanni Moretti. Avec Michel Piccoli, Nanni Moretti, Jerzy Stuhr (It. - Fr., 2011, 104 min). Le mercredi 11 mai à 20 h 55 sur Arte). Rediffusions le vendredi 13 mai à 13 h 35, le mardi 17 mai à 13 h 35, le lundi 23 mai à 13 h 35. "

Par Thomas Sotinel pour le Journal Le Monde

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