::+:: Hasan et Nour, deux Syriens à Rome, grâce au pape François


Ils ont déboulé à Rome, dans l’avion papal qui rentrait samedi 16 Avril de l’ile de Lesbos (Grèce). Embarqués sur la requête explicite du Souverain Pontife, ces douze Syriens sont maintenant à l’abri de la peur, de l’angoisse, de la tragédie, de la guerre et de la dictature des passeurs. Ils vivent depuis une semaine dans la Ville éternelle.

Il fait beau et frais, nous sommes dans la cour de la "Scuola di lingua e cultura italiana", l’école pour migrants que la Communauté de Sant’Egidio a montée il y a déjà 30 ans dans les locaux d’un ancien hôpital du Trastevere. Une cinquantaine de migrants attendent le début des cours. Hasan et Nour, respectivement 31 et 30 ans, sont un jeune couple d’ingénieurs de Damas, accompagnés de leur enfant de 2 ans. Hasan était "garden designer" et Nour, après un master à l’université de Montpellier en 2013, travaillait jusqu’à l’an dernier au commissariat à l’Energie atomique de Damas, au département "Bio technologies". Ils parlent français ou anglais. Lui porte un jeans et un polo beige ; elle un pantalon de velours bleu et un tee-shirt vert émeraude.

S’ils sont musulmans, ils ne le soulignent d’aucun signe distinctif. Le porte-parole de la communauté Roberto Zuccolini dit en nous les présentant :
"Ces deux-là n’auront aucun problème d’intégration. Le tout est qu’ils apprennent à parler notre langue".

"On a attendu au milieu de la mer"

Quand on demande à Nour comment s’est passé son transfert en Italie, elle résume, synthétique, la situation :
"Je suis d’origine palestino-syrienne, tandis que mon mari est syrien. Nous avons quitté Damas pour un motif précis : mon mari avait été réquisitionné pour faire son service militaire dans l’armée syrienne. On a donc décidé de fuir, le régime et Daesh. Deux jours pour arriver à la frontière turque, quatre mois de suite à Istanbul en Turquie dans un petit appartement que nous avions loué, à attendre un visa familial, qui nous a été refusé. On a alors pris un rafiot pour la Grèce. Nos ressources (5.000 dollars) commençaient à fondre. La traversée a été comme d’habitude dramatique. Il y avait d’abord les consignes des passeurs : 'Pas de cris, pas de cigarettes, rien qui vous fasse remarquer'. Puis, on a attendu au milieu de la mer qu’un bateau vienne nous secourir."
Si on demande à Nour ses premières impressions "romaines", elle répond qu’elles sont "positives", mais on réalise vite qu’elle est loin d’avoir digéré les cinq derniers mois de sa vie. Et que maintenant ce qu’elle redoute plus que tout c’est de ne pas être capable d’apprendre rapidement la langue italienne, garantie numéro un de sa future intégration. "Cette première semaine a quand même été dure. Nous sommes hébergés au 'Rifugio' (refuge) de la Communauté de Sant’Egidio sur la piazza Santa Maria au Trastevere. Avec une cinquantaine de gosses. D'une certaine façon, tout s’est passé comme dans un rêve, car tout avait été préparé et programmé dans les moindres détails par Sant’Egidio".


"La religion n’est pas très importante"

A la question "Resterez-vous en Italie lorsque vous aurez votre permis de séjour ?", Nour répond : "Nous resterons si nous sommes intégrés et si nous parlons la langue". Sinon ? "Sinon nous chercherons à aller en France, j'ai deux tantes à Rennes et un oncle à Paris qui pourraient nous héberger". "D’ailleurs, ajoute-t-elle, j’ai fait mes études en français et en France".

Sur le thème de l’exercice de la religion, Nour (qui ne porte pas le voile) et Hasan sont tranquilles : ils sont musulmans mais pas pratiquants. Profondément laïques, ils affirment même que "la religion n’est pas très importante" dans leur vie et qu’ils ne sont nullement des "observants stricts". Convaincus qu’ils n’ont pas été sélectionnés en tant que musulmans par le Pontife mais en tant que réfugiés traversant une situation critique, ils pensent que François aurait volontiers emmené sur son avion également des chrétiens persécutés. Mais que malheureusement ceux qui étaient présents à Lesbos étaient arrivés après le 20 mars, donc au-delà de la date butoir fixée par l’Union européenne pour pouvoir émigrer sur le territoire des 28 .

"Quelqu'un comme nous"

La communauté de Sant’Egdio, qui fêtera bientôt ses 50 ans d’existence, est au cœur du dispositif d’accueil des migrants en Italie. Il ne faudra donc pas s’étonner que le pape ait choisi de l’utiliser comme véhicule de sa stratégie d’intégration. C’est elle qui a mis en pratique les premiers "couloirs humanitaires" entre le Maghreb et l’Europe. Un premier groupe de 97 migrants est déjà arrivé dans la Péninsule il y a un mois, un deuxième est prévu pour le 3 mai.

Sant’Egidio propose une sélection des migrants les plus faibles et les plus vulnérables à partir du territoire libanais et leur transport en avion, à un prix négocié avec Alitalia et l’assurance de leur dénicher à l’arrivée un visa humanitaire à durée limitée qui leur donne le temps de faire leur demande d’asile (cela suppose donc une négociation avec l’Etat italien). Entre temps ils sont logés, nourris et pris en charge du point de vue scolaire. Convaincus que l’Europe, qui a accueilli en 2015 un million d’immigrés (500.000 de moins que le petit Liban à lui tout seul), et que l’Italie, qui en a actuellement 110.000 dans ses centres d’accueil, peuvent faire beaucoup plus pour éviter les tragédies de la mer et pour intégrer les 2 ou 3 millions de persécutés qui attendent de l’autre côté de la Méditerranée, les bénévoles de Sant’Egidio posent des jalons vertueux qui deviennent comme des modèles d’humanité et de solidarité pour le reste de l’Europe.

Cette Europe qui est la proie des populismes et de la xénophobie et à laquelle il faut démontrer que le migrant n’est pas un délinquant en puissance mais "quelqu’un comme nous", selon l’expression de Daniela Pompei. Les bénévoles de l'"ONU du Trastevere", comme a été surnommée Sant’Egidio, ont en tout cas trouvé dans le pape François le meilleur des ambassadeurs.

Marcelle Padovani journaliste pour le Nouvel Observateur.

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