::+:: Couples non mariés, divorcés remariés : le pape prône la « miséricorde » au cas par cas



La doctrine catholique sur la famille demeure inchangée, mais l’Eglise, à travers ses prêtres, doit se montrer plus compréhensive envers les multiples réalités familiales contemporaines. C’est l’idée-force de l’exhortation apostolique « sur l’amour dans la famille » rédigée par le papeFrançois et qui devait être rendue publique à Rome, vendredi 8 avril en milieu de journée. Ce long texte de 265 pages, intitulé Amoris Laetitia (« La Joie de l’amour »), est l’aboutissement d’un processus de deux ans conduit au sein de l’Eglise catholique. Il a impliqué les croyants, consultés – plus ou moins largement selon les diocèses et les pays – à deux reprises, et les évêques, dont une partie a pris part à deux synodes, en octobre 2014 et en octobre 2015.


Au cours de ces deux années, de fortes tensions se sont exprimées entre les partisans d’une plus grande ouverture de l’Eglise catholique envers les divorcés remariés, les couples non mariés religieusement et, dans une moindre mesure, les homosexuels, et ceux qui redoutent qu’une telle orientation ne conduise à une forme de renoncement à l’idéal catholique de la famille : un homme et une femme unis pour la vie et ouverts à la procréation. Pendant tout ce parcours, le pape François avait incité les uns et les autres à exprimer le fond de leur pensée, lui-même écoutant et observant. Mais sa volonté de faire bouger les lignes dans l’institution qu’il dirige depuis trois ans était manifeste, et ce sujet est rapidement devenu un étalon de sa capacité à réformer. Y est-il parvenu ?

« Idéal complet du mariage »

Amoris Laetitia se présente d’emblée comme une empreinte de l’état des débats doctrinaux inachevés sur la famille, entre « un désir effréné de tout changersans une réflexion suffisante » et « la prétention de tout résoudre en appliquant des normes générales ». Il reprend de larges extraits des rapports issus des deux synodes. Pour autant, ce n’est pas un texte tiède. Il réaffirme « l’idéal complet du mariage », mais il met en garde à plusieurs reprises contre « la pure défensed’une doctrine froide et sans vie ». S’il n’énonce pas de recettes toutes faites pour résoudre des cas aussi complexes – et symboliques – pour l’Eglise que l’accès à la communion, aujourd’hui dénié, aux divorcés remariés, il ouvre en revanche toute grande la possibilité d’un « traitement » au cas par cas des personnes placées dans des situations matrimoniales irrégulières aux yeux de l’Eglise.


Prêtres et évêques sont appelés à examiner « l’innombrable diversité des situations concrètes » qui ont pu conduire les fidèles à cohabiter, à se séparer, à se remarier. Ils sont invités à tenir compte des diverses « circonstances atténuantes » que chacun de ces croyants ont pu affronter et, en tout état de cause, à faire prévaloir la miséricorde, thème opportunément choisi par le pape argentin pour l’année jubilaire commencée le 8 décembre 2015 et qui s’achèvera le 20 novembre. « Un pasteur ne peut se sentir satisfait en appliquant seulement les lois morales à ceux qui vivent des situations irrégulières, comme si elles étaient des pierres qui sont lancées à la vie des personnes », avertit-il.

Craintes d’une disparité

Cette façon d’envisager l’attitude de l’Eglise, écrit le pape, « offre un cadre et un climat qui nous empêchent de développer une morale bureaucratique froide en parlant des thèmes les plus délicats, et nous situe plutôt dans le contexte d’un discernement pastoral empreint d’amour miséricordieux », qui doit conduire en priorité à « intégrer » ces fidèles dans la vie ecclésiale. Car, affirme-t-il, « il s’agit d’intégrer tout le monde ». Jorge Bergoglio laisse ouverte la question de savoirjusqu’où cette intégration doit aller. Mais il semble ouvrir la porte, « dans certains cas », aux sacrements.


Cette liberté confiée aux prêtres, c’est précisément l’une des évolutions que redoutaient certains adversaires du mouvement dans l’Eglise. Lors des deux synodes, le degré d’ouverture aux « familles irrégulières » était apparu très variable selon les épiscopats, et même au sein de chacun d’eux. Nombre d’évêques africains et polonais étaient ainsi apparus nettement plus intransigeants que d’autres dans la défense de la famille traditionnelle. Certains craignent donc que s’installe une disparité de faits des réponses apportées par l’Eglise à des familles « irrégulières » en fonction des pays, ou même en fonction des diocèses. Au risque de porter atteinte à l’unité ecclésiale. Les différents pays peuvent rechercher des solutions plus ancrées dans la culture locale, écrit le pape François au début d’Amoris Laetitia.
PRÊTRES ET ÉVÊQUES SONT INVITÉS À TENIR COMPTE DES « CIRCONSTANCES ATTÉNUANTES » QUE LES FIDÈLES ONT PU AFFRONTER

Antidote à la « culture du provisoire »

L’exhortation apostolique ne se limite évidemment pas aux situations matrimoniales qui contreviennent à la doctrine catholique. Loin du ton bien souvent alarmiste, voire catastrophiste, des deux synodes sur l’état de la famille, le souverain pontife argentin y défend le mariage catholique comme une sorte d’antidote aux maux de notre modernité, caractérisée, selon lui, par la « culture du provisoire ». « Ce qui arrive avec les objets et l’environnement se transfère sur les relations affectives, écrit-il : tout est jetable, chacun utilise et jette, paie et détruit, exploite et presse, tant que cela sert. Ensuite, adieu ! »


François y conduit aussi une « autocritique » assez fouillée du discours de l’Eglise sur le mariage. Selon lui, il est bien souvent marqué par « un accent quasi exclusif sur le devoir de la procréation » au détriment de sa dimension affective et spirituelle, ainsi que par une « idéalisation excessive ». « Nous avons du mal à présenter le mariage davantage comme un parcours dynamique de développement et d’épanouissement que comme un poids à supporter toute la vie, ajoute-t-il. Il nous coûte aussi de laisser de la place à la conscience des fidèles. » Dans Amoris Laetitia, ces derniers sont en tout cas crédités de « répondre souvent de leur mieux (…) dans des situations où tous les schémas sont battus en brèche ».

Céline Chambraud journaliste au Monde

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