::+:: Plus d’un millier d’adultes seront baptisés à Pâques


.. Année après année, la vitalité de l’Eglise catholique à Singapour continue de s’affirmer comme une caractéristique notable d’une société par ailleurs plutôt séduite par le « money-théisme ».

Un dimanche de Carême à la paroisse du Christ-Roi d’Ang Mo Kio - 11h30 : l’église est pleine et les éventuels retardataires prennent le risque de ne plus trouver de places assises. La messe est solennelle, une dizaine d’enfants de chœur participent à une liturgie réglée au millimètre. La chorale d’une trentaine de chanteurs est là chaque semaine et entonne des chants classiques aussi bien que modernes. Il y a d’ailleurs une chorale différente pour chacune des six messes célébrées le week-end. 
En comptant les lecteurs, ceux qui distribuent la communion ou encore les responsables de l’accueil, plus de 60 personnes sont impliquées dans le bon déroulement de la célébration.

Après la liturgie, les membres de la communauté qui le souhaitent se retrouvent à la cantine, au rez-de-chaussée de l’église, pour déjeuner et passer un moment convivial ensemble. C’est ainsi dans la plupart des 31 églises catholiques de Singapour chaque week-end. Certaines paroisses ont même du mal à faire face au nombre de fidèles. Ce fut le cas de la paroisse de la Sainte-Trinité à Tampines (à l’est de l’île) car, au fil des ans, la population catholique du quartier a augmenté. D’une communauté de 8 000, la paroisse de la Sainte-Trinité s’est retrouvée avec plus de 14 000 fidèles. D’importants travaux de rénovation ont été effectués en 2006 pour accueillir la foule des fidèles : télévisions et rétroprojecteurs ont été installés pour retransmettre l’eucharistie. L’archevêque de l’époque, Mgr Nicholas Chia, a fini par annoncer la construction d’une autre église, dans la ville satellite voisine de Pasir Ris. C’est ainsi que, le 12 décembre 2009, a été célébrée la première messe dans la toute nouvelle église de la Miséricorde Divine.

Ne pas seulement faire du chiffre


Dans le diocèse de Singapour, le chemin vers le baptême n’est pourtant pas une simple formalité. Les adultes doivent suivre un parcours catéchuménal de plus d’un an, le RCIA (Rite of Christian Initiation of Adults). Cela veut dire se retrouver une fois par semaine avec d’autres catéchumènes, encadrés par des laïcs formés et un prêtre. Chaque catéchumène est accompagné par un « sponsor », un catholique qui le suit pendant toute la formation. Il s’agit d’apprendre à connaître la Bible, se familiariser avec les enseignements et les traditions de l’Eglise catholique, le tout dans une atmosphère de prière, de réflexion et de discernement. Les catéchumènes se retrouvent aussi à la messe chaque week-end et quittent la cérémonie après l’homélie pour un partage d’Evangile. L’année est parsemée de rites, tels que celui de l’appel décisif, juste avant le baptême prévu à Pâques. Cette année, pour le rite de l’appel célébré lors d’une messe anglophone, Mgr William Goh Seng Chye, l’actuel archevêque de Singapour, a déclaré : « Nous avons 992 catéchumènes au total, ce qui signifie une augmentation de 17 % par rapport à l’année dernière (…). Cependant, nous pouvons mieux faire, nous devons travailler plus dur. Il ne s’agit pas seulement de faire du chiffre, car répandre le message de la Bonne Nouvelle est en fait une œuvre d’amour, une œuvre de miséricorde. »

Devenir catholique à l’âge adulte à Singapour, équivaut la plupart du temps à quitter une religion pour en rejoindre une autre. « Ma mère était la seule catholique de la famille », explique Davinus Thiang, 28 ans. C’est à la suite de son décès qu’il commença à s’interroger sur la foi de sa mère. Il termine son témoignage ainsi : « Bien qu’elle soit bouddhiste, ma fiancée sera présente à mon baptême à Pâques. » 

Une étude de 2014 s’est intéressée aux raisons qui peuvent pousser à changer de religion. Il en ressort que, dans cette société marquée par la quête d’une amélioration de sa condition matérielle, ceux qui deviennent catholiques y sont souvent invités par un ami ou un membre de leur famille (34,5 %), mais surtout qu’ils ont découvert dans la foi catholique un sens plus profond à leur vie (41,7 %). Le P. Bruno Saint Girons, missionnaire MEP présent à Singapour depuis plus de dix ans, remarque que « la découverte de Jésus et d’une communauté (l’Eglise) qui donnent du sens à la vie » est une raison fréquemment évoquée par les catéchumènes pour demander le baptême.

Un paysage religieux qui évolue


David Ratnagopal, 56 ans, est cadre dans l’administration d’une école. Il sera baptisé à Pâques. « Je connais ma femme depuis 36 ans, explique-t-il. Elle est née catholique et a une foi très forte. Pendant toutes ces années, elle ne m’a jamais poussé à devenir catholique. Je ne savais pas qu’elle priait pour moi pendant tout ce temps-là. Le jour est enfin arrivé, l’année dernière, où mon fils m’a demandé de venir à un cours Alpha. A partir de là, j’ai continué à cheminer avec RCIA et j’ai vécu un moment de rencontre intense avec le Seigneur lors d’une retraite. » Lorsqu’on lui demande pourquoi il souhaite devenir catholique, Lucas Neo, 42 ans, raconte : « Ça fait quinze ans, peut-être un peu plus. Tout a commencé quand j’ai suivi un cours de préparation au mariage. Depuis, il y a eu des hauts et des bas, mais Dieu ne laisse aucune de ses brebis s’égarer, et j’ai la chance d’être l’une d’entre elles. » Lui aussi sera baptisé dans quelques jours.

Le panorama religieux de Singapour n’est pas figé et tend à évoluer progressivement en fonction des mouvements migratoires, de l’évolution des mentalités et des conversions. Depuis quelques années, on note paradoxalement une nette progression de la religiosité en même temps qu’une très réelle progression du nombre des personnes ne se réclamant d’aucune religion. Si le nombre de chrétiens – et notamment de catholiques – continue à augmenter (ils représentent désormais près de 19 % de la population de la cité-Etat), le nombre de conversions et de baptêmes a plutôt tendance à se stabiliser. Le Bureau des statistiques de Singapour vient de publier un rapport sur la population dans lequel est souligné, entre autres choses, l’augmentation sensible du nombre de personnes ne s’identifiant à aucune religion (18,5 % en 2015, par rapport à 17 % en 2010).


Progression notable des ‘sans religion’


Les plus jeunes et ceux qui ont suivi de longues études sont les plus nombreux à ne pas se reconnaître dans une religion (23 % des 15-24 ans et 25,8 % de ceux qui sont passés par l’université). Malgré cette progression des ‘sans religion’, Mathew Mathews, chercheur à l’Institute of Policy Studies, souligne le fait qu’il est « difficile de dire s’ils n’ont vraiment aucune croyance religieuse (…). Ils peuvent adhérer à des croyances, mais simplement ne pas avoir le sentiment de faire partie d’un groupe précis. »

Face à ces évolutions, le gouvernement de Singapour tient à afficher sa neutralité et tente de promouvoir une laïcité ouverte où chaque religion a sa place dans le domaine public, pour autant toutefois qu’elle ne se mêle pas de trop près à la politique et respecte les autres religions. Les agnostiques, athées, humanistes et autres libres penseurs représentant maintenant près du cinquième de la population, des voix se font entendre pour que le gouvernement prenne un peu plus en compte cette partie de la population, notamment sur des sujets tels que la liberté d’expression, l’euthanasie ou encore le mariage homosexuel.

Info Eglises d'Asie - Agence d'information des Missions Etrangères de Paris - (eda/fb)
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Légende photo : Dans l’église du Christ-Roi à Ang Mo Kio, un dimanche matin.
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