::+:: Mgr Ulrich s’adresse aux couples : “10 ans de vie de couple et de famille, une étape”


Fin janvier 2016, Mgr Laurent Ulrich, archevêque de Lille (France), dans la continuité du Synode des évêques sur la famille, a adressé un message aux couples mariés depuis une dizaine d’années. Évoquant les joies mais aussi les difficultés que peuvent vivre et rencontrer les couples après une décennie de vie commune – du dialogue dans la famille, de l’accueil des enfants, de l’éducation et de la spiritualité, mais aussi des ruptures, de la solitude ou d’une nouvelle union –, Mgr Ulrich en est persuadé toutes ces situations « méritent attention et peuvent faire naître des dialogues ». Dialogues avec un prêtre, un diacre, un laïc ou avec d’autres couples ou d’autres familles… « quelle que soit la situation que vous vivez, nous pouvons en parler et nous soutenir mutuellement », affirme-t-il. « Comme je voudrais que vous vous sentiez accueillis, écoutés, compris ! Ce n’est pas moi qui vous le dis, c’est le Seigneur lui-même qui m’inspire de vous le dire », souligne encore Mgr Ulrich.

Vous avez entendu parler des synodes (assemblées d’évêques) que le pape François a fait vivre à l’Église sur « la vocation et la mission de la famille dans l’Église et le monde contemporain », de l’automne 2013 à l’automne 2015.

J’ai participé, avec deux cent cinquante autres évêques, des prêtres et des couples, à l’assemblée d’octobre dernier à Rome, et ce fut pour moi un grand bonheur. J’en suis revenu avec cette idée de vous faire partager quelque chose de cette belle aventure, à vous qui vivez une vie commune et une vie familiale depuis une dizaine d’années.

Je n’exclus pas les autres, plus jeunes ou plus âgés ! Ils peuvent aussi lire cette lettre et en tirer profit…

Mais je pense surtout à la situation qui est la vôtre : vous n’êtes plus dans la préparation de la vie familiale, vous n’êtes plus dans les premières années qui demandent de l’attention, des efforts particuliers. Non, vous êtes dans les moments où l’on pourrait se sentir habitués, où une certaine routine peut s’installer, où le souci des enfants qui grandissent peut faire oublier de se parler dans le couple, où l’on se dit que peut-être on ne changera pas ! Chacun peut penser, en effet, qu’il ne changera plus ni son conjoint, ni lui-même.

La tentation de ne plus faire d’effort guette ! Justement, ce n’est pas le moment de laisser vos chemins s’éloigner, mais plutôt de vouloir approfondir, raviver la grâce du sacrement de mariage que vous avez reçu. Parlez-vous, parlez avec d’autres, soutenez-vous mutuellement. Des groupes, notamment en Église, peuvent vous y aider.

Pardonnez-moi ce tableau en gris, il est trop pessimiste. Vos enfants sont votre joie, vous aimez leurs mots d’enfants, leur émerveillement devant la vie ; vous guettez leurs peines et faites tout pour les consoler ; vous veillez à entretenir en eux le bonheur de grandir et de commencer à avoir des projets d’avenir. Ce n’est pas sans obstacles sur le chemin, mais justement vous êtes là pour éduquer en eux le « goût de l’avenir ». Vous faites tout pour leur donner le meilleur : l’école, les activités parascolaires, l’atmosphère familiale.

La croissance spirituelle peut vous laisser interrogatifs : vous ne savez pas toujours répondre à ces questions qu’ils posent sur le sens de la vie, vous vous trouvez peu préparés à ouvrir leur cœur et leur intelligence au mystère de la vie. Vous croyez bien volontiers qu’elle est un don qui vient de Dieu, mais comment le dire ? L’Église voudrait vous accompagner, vous soutenir sur ce chemin : parlons-en, pour que nous puissions suivre avec vous des itinéraires de découverte. Le « caté » des enfants est souvent une heureuse rencontre pour les parents…

Mais peut-être aussi vous n’avez pas pu avoir d’enfant, vous n’avez pas fait la démarche de l’adoption, et vous restez douloureux à ce sujet. Cela signifie-t-il que votre vie serait pour toujours inféconde ? Je ne le crois pas ; vos talents, vous aimez les partager ; vos engagements auprès des autres, vous y croyez ; votre « communauté de vie et d’amour » est un témoignage. Parmi vous aussi, j’en rencontre qui ont vécu des ruptures, ruptures de couples, distances prises avec certains enfants. Ce sont des peines très profondes, vous pouvez les avoir ressenties comme des échecs qui vous marquent durablement.

Peut-être restez-vous seul, avec ou sans enfant près de vous. Je voudrais vous le redire : l’Église ne vous considère pas comme exclus et ne vous rejette pas. Je le répète, parce que certains de ceux que vous avez rencontrés, y compris des catholiques fervents, ont pu vous faire comprendre que vous n’aviez plus droit de cité dans nos communautés ! Ce n’est pas vrai. Venez, nous parlerons, nous voulons vous écouter ; nous voulons être pour vous visage d’un Dieu accueillant. Et signes qu’un chemin avec Lui est toujours possible. Bien plus, la fidélité à votre premier engagement est un signe extraordinaire ; nous avons besoin de votre témoignage, et nous voulons aussi vous soutenir par une vie de communauté chrétienne et de prière.

D’autres, après une telle rupture, ont recommencé une vie avec une autre personne, avec ou non un second mariage civil. Évidemment, l’Église ne renonce pas à vouloir témoigner de la fidélité indissoluble de Dieu, et elle continue de faire du mariage religieux unique le signe privilégié de cet amour qui ne se reprend pas.

Si vous êtes dans la situation d’une seconde union, nul n’a le droit de vous dire que vous n’intéressez plus l’Église, que vous êtes à l’écart. Le synode auquel j’ai participé a insisté sur ce point : ceux qui sont dans cette situation « doivent pouvoir vivre et grandir comme membres vivants de l’Église, sentant en elle une mère qui les accueille toujours, prend soin de leurs sentiments, et les encourage sur le chemin de la vie et de l’Évangile. » (n. 84) Là encore, il s’agit de se parler, de s’écouter, de cheminer peut-être avec un groupe de chrétiens qui veulent s’entraider. Il en existe.

J’imagine bien aussi que certains d’entre vous ne sont pas encore mariés civilement ou religieusement. Est-ce la crainte de l’engagement, en raison des échecs constatés autour de vous ? Est-ce la défiance par rapport à un acte jugé trop administratif, pas assez sincère ? Est-ce la vie qui file si vite qu’on n’a pas pris le temps de se poser, pour décider de faire ce pas ? Je sais aussi que des raisons matérielles ou économiques peuvent vous avoir empêchés de le faire. Mais je me permets de vous poser la question ainsi : n’est-ce pas beau de mettre votre générosité, votre amour conjugal et parental, dans les pas du Christ, comme une réponse à l’amour que Dieu, si fidèle, ne cesse de nous adresser ?

Sa bienveillance, sa patience, son accompagnement, son pardon… Depuis que vous vivez ensemble, vous avez reconnu dans votre couple des « caractéristiques de l’amour généreux et durable : le désir de chercher le bien de l’autre avant le sien ; l’expérience du pardon demandé et accordé ; l’aspiration à construire une famille non refermée sur elle-même mais ouverte au bien de la communauté ecclésiale et de la société tout entière ». (n. 71) Trois façons de vivre cet amour qui vous rapprochent, je le crois, de Dieu lui-même. Il est sur le chemin avec vous. N’aimerez-vous pas le rencontrer ainsi ?

Je n’ai évoqué que quelques-unes des situations les plus fréquemment vécues. Il en existe d’autres que vous vivez particulièrement. Toutes, elles méritent attention et peuvent faire naître des dialogues avec un prêtre, un diacre, un animateur laïc, avec d’autres couples ou familles ; quelle que soit la situation que vous vivez, nous pouvons en parler et nous soutenir mutuellement.

Comme je voudrais que vous vous sentiez accueillis, écoutés, compris ! Ce n’est pas moi qui vous le dis, c’est le Seigneur lui-même qui m’inspire de vous le dire.

Jésus « a partagé des moments d’amitié avec la famille de Lazare et de ses sœurs, et avec la famille de Pierre. Il a écouté les pleurs de parents pour leurs enfants… » (n. 41)

Il est attentif, il veille, il rassure, il encourage et conseille… On peut dire à la façon du pape François : le Christ est le grand témoin de la miséricorde de Dieu, celui qui fait voir la tendresse de notre Père. L’Église aime lui ressembler, et l’imiter.

Une dizaine d’années de vie de couple et de famille, pour vous, c’est une étape. Remercions le Seigneur pour ces années, demandons-lui encore son aide. Qu’Il vous bénisse, vous et vos proches. Que l’amitié que je vous porte vous dise aussi la sienne.
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Info La Croix.com

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