::+:: Mgr Barbarin assure les victimes de sa compassion et exclut de démissionner


«Je pense aux victimes tous les jours.» Interrogé mercredi dans Le Parisien-Aujourd'hui en France, Philippe Barbarin, mis en cause par une association pour non-dénonciation d'un prêtre pédophile, dit sa proximité envers les victimes mais exclut de démissionner. Après une intervention dans les colonnes du quotidien catholique La Croix, puis sur la radio chrétienne RCF, en février, c'est la troisième fois que le cardinal prend la parole publiquement dans ce dossier. Déjà visé par la plainte d'une victime déposée la semaine dernière, une nouvelle a été déposée avant-hier, et d'autres seraient à venir. 

«C'est bien que la parole se soit libérée»


«Je suis profondément touché», déclare le cardinal-archevêque de Lyon au Parisien, à l'intention des victimes. «Je crois que leur blessure était très profonde, c'est bien que leur parole se soit libérée à travers leur association», déclare-t-il. «Je suis plus sensible à leurs souffrances qu'à la mienne», affirme Philippe Barbarin, au sujet des plaintes et des attaques dont il fait l'objet. «Si je peux aider... Je porte les souffrances terribles provoquées par ce prêtre», ajoute-t-il. 

«La démission, pour moi, n'est pas une question d'actualité», affirme le prélat. «Si je suis fautif, si je suis une «occasion à scandales», alors là on verra. La justice va faire son travail», ajoute-t-il. L'archevêque utilise ici une expression biblique, de l'évangile de Matthieu: «Malheur à l'homme par qui le scandale arrive».
«Je porte les souffrances terribles provoquées par ce prêtre.» 
Mgr Philippe Barbarin, archevêque de Lyon.

Fin janvier, une enquête préliminaire a été ouverte par le parquet de Lyon pour «non-dénonciation de crime», à l'initiative des victimes du père Bernard Preynat. Le diocèse a publié le 4 mars un communiqué affirmant que «le cardinal Barbarin et le diocèse de Lyon coopéreront avec sérénité et confiance avec la justice». «Le cardinal Barbarin tient à rappeler qu'il n'était pas archevêque de Lyon à l'époque des faits et qu'il n'a jamais couvert aucun fait de pédophilie», précisait le communiqué. 

Des faits qui remontent aux années 1980-1990


Les responsables catholiques lyonnais font valoir que le cardinal Barbarin n'a fait que découvrir le passé du prêtre accusé, 16 ans après les faits. Les faits remontent à une période qui s'étale de 1986 à 1991, lorsque le père Bernard Preynat était l'aumônier d'un groupe scout de la paroisse Saint Luc, à Sainte-Foy-lès-Lyon, une banlieue de l'ouest lyonnais. Les victimes, mineures à l'époque, parlent d'abus sexuels répétés commis par le prêtre sur les scouts. 

Trois archevêques de Lyon se succèdent de 1981 à 2002: Albert Decourtray, Jean Balland, et Louis-Marie Billé. Philippe Barbarin prend ses fonctions en 2002. Il est mis en garde indirectement du comportement du père Preynat en 2007. Après une entrevue avec le prêtre, qui reconnaît ses actes, et assure qu'il n'a rien commis depuis 1991, le cardinal décide de le maintenir à son poste. 

Tout change en 2014, lorsqu'une victime se présente au cardinal. Philippe Barbarin décide alors de susprendre le prêtre en mai 2015, après avoir demandé conseil à Rome, où le traitement des abus sexuels est désormais centralisé. Réunies dans l'association la Parole libérée, les victimes s'organisent alors pour porter plainte, et le père Preynat est mis en examen le 27 janvier. En attendant son procès, il bénéficie actuellement de la liberté conditionnelle. 

Des prêtres suspendus par Mgr Barbarin en 2007 et 2014

«Il n'a pas de raison à se mettre en retrait.»
Mgr Michel Dubost, évêque d'Evry (Essonne).

Interrogé mardi par le site internet du Parisien, Michel Dubost, évêque d'Evry (Essonne), a pris la défense de son confrère: «Il n'a absolument pas voulu cacher quoi que ce soit, je ne vois pas l'ombre d'une hésitation en lui s'il avait eu connaissance de quelque chose. Quand il est arrivé dans le diocèse, pour lui, le problème était réglé, l'affaire était classée. Il est probable qu'on ne lui a pas dit grand chose. Il ne s'en est pas vraiment occupé. S'il avait su, il aurait fait attention, il aurait bougé pour mettre ce prêtre à l'écart des enfants.» L'évêque d'Evry conclut que la question d'une démission ne se pose pas: ««Il n'a pas de raison à se mettre en retrait.» 

Philippe Barbarin a sévi plusieurs fois contre des ecclésiastiques accusés d'abus sexuels, en 2007 et 2014. Dans le premier cas, un prêtre a été suspendu immédiatement par le diocèse. Il a ensuite été condamné à trois mois de prison avec sursis. Dans le second, l'archevêque a exclu un autre prêtre, accusé d'avoir eu des relations avec un mineur. Le prêtre bénéficia d'un non-lieu, car le jeune homme était consentant et avait menti sur son âge. 
«Si le procès se clôt en raison de la prescription, j'ouvrirai alors un procès canonique, car un jugement doit être rendu»
Mgr Phiippe Barbarin.

Le 19 février, le père Federico Lombardi, directeur de la salle de presse du Vatican, a estimé que le cardinal Barbarin avait agi avec une «extrême responsabilité». Dans un communiqué du 5 mars, la Conférence des évêques de France a rappelé la «politique de fermeté menée par les évêques de France depuis plus de 15 ans sur ces questions de pédophilie». Elle a également assuré les victimes de «sa profonde compassion» et a exprimé «son soutien et (…) ses prières» au cardinal Barbarin.

La date d'un procès est encore inconnue, et l'incertitude sur le jugement demeure. En effet, les abus reprochés au père Preynat remontant au moins à 25 ans, l'accusé pourrait bénéficier du délai de prescription. Une éventualité dont Philippe Barbarin avait fait mention, dans son entretien à La Croix, en parlant d'ouvrir une procédure contre lui devant les tribunaux de l'Eglise catholique: «Si le procès se clôt en raison de la prescription, j'ouvrirai alors un procès canonique, car un jugement doit être rendu».

Par Pierre Jova pour le Figaro.fr

Posts les plus consultés de ce blog

::+:: Découverte du siècle: le tombeau d'un souverain maya retrouvé

::+:: La seule religion d’Etat (4eS)

::+:: Les preuves historiques de l’existence de Jésus (3) : Témoignages externes sur les 4 évangiles