::+:: UN TOIT POUR TOUS (2/2)



« IL EST PRIMORDIAL D’HABITER UN LIEU POUR AVOIR UNE VIE INTIME ET UNE VIE SOCIALE. »

Rédacteur en chef à La Croix et théologien, le père Dominique Greiner, religieux assomptionniste, s’intéresse aux questions de logement et de mal-logement. Il nous livre sa réflexion sur l’habitat digne et l’habitat indigne.

Qu'entend-on par habitat indigne ?

L'homme est toujours digne, ce sont les conditions extérieures qui blessent sa dignité : en l’occurrence, un habitat insalubre ou trop petit est certainement indigne puisque la personne vit dans des conditions anormales d’existence.

Je préfère le terme “mal-logement”, plus large que celui d'“habitat indigne”. Il englobe en effet le problème de l'accès aux transports, au travail, à la culture, au sport. Une personne peut vivre dans un habitat disposant des éléments de confort moderne (chauffage, électricité, eau chaude, surface) mais être pourtant mal logée.

Car on n'habite pas seulement un appartement ou une maison, on habite un quartier, une ville. Habiter, c'est aussi avoir des relations sociales.

Quelles sont les conséquences sociales, justement, de ce mal-logement ?

Les précarités vont se cumuler. Qui dit difficulté d'accès aux transports dit difficulté d'accès au travail, et du coup à un logement de qualité. C’est l’escalade ! Les relations sociales sont détériorées aussi.

La précarité du logement est de fait associée à d'autres formes de précarité. C'est pourquoi la politique du logement ne doit pas consister en la simple construction de HLM ou de pavillons de banlieue, mais elle doit aussi veiller à l’aménagement du territoire avec ses transports, ses zones d'activité.

En quoi le fait de disposer d’un habitat “digne” est-il si indispensable ?

Tout d'abord, avoir un habitat digne dispose à accueillir chez soi. Est-ce que quelqu'un est heureux d'ouvrir la porte lorsqu'on toque chez lui ? Car une porte est faite pour être franchie. Avoir un habitat digne permet de n'avoir ni honte, ni peur d'accueillir.

Ensuite, l’habitat est le lieu de l'intériorité. Il permet de se retirer chez soi au calme, de vivre un moment d'intimité, de laisser l'extérieur dehors ; ce qui n’est pas le cas avec un logement trop bruyant ou sur-occupé.

Enfin, c’est important d’avoir un espace privé, un intérieur que l’on aménage, décore, meuble. Habiter, c’est pouvoir marquer un lieu de sa présence et se sentir accueilli par ce lieu, s’y sentir bien, chez soi. Ceci n'est pas possible dans une chambre d’hôtel.

Où se situe la frontière entre habitat digne et habitat indigne ?

Il n’y a pas de frontière absolue, car l’idée d’un habitat digne est à apprécier au regard de l’évolution de la société dans laquelle on vit. L’exemple de l’accès à Internet dans le monde occidental en fournit un bon exemple.

En quoi la question de l'habitat est-elle centrale pour la société aujourd'hui ?

La question de l'habitat est constitutive de la réflexion éthique. La nature de l'homme, c'est d'habiter un lieu, et plus largement le monde.

Ceci est suggéré par l’encyclique Laudato si’ du pape « sur la sauvegarde de la maison commune ». Le texte s'adresse à « chaque personne qui habite cette planète ». La mission de l'humanité, c'est de rendre le monde plus habitable, et le logement participe de cette habitation.

Et c’est aussi permettre à chacun de disposer d’un lieu où il peut se retirer en sécurité pour se poser et se reposer, avant de se confronter à nouveau au monde extérieur.

Cela me semble essentiel : pour avoir une société qui marche, il faut des individus bien dans leur peau et qui n'aient pas peur du monde extérieur. Et cela passe aussi par le logement.

Reloger des familles roms

REPORTAGE

L’ISOLATION CONTRE LA PAUVRETÉ


En aidant les propriétaires en difficulté à faire des économies d’énergie, le réseau Éco Habitat, soutenu par le Secours Catholique, fait reculer la pauvreté au cœur de la Picardie rurale.

« En matière d’économies d’énergie, les aides d’État, les dispositifs incitatifs, les réductions d’impôt s’empilent comme un millefeuille », estime Franck Billeau, directeur du réseau Éco Habitat. « Nous aidons les propriétaires en difficulté à trouver l’aide qui leur correspond pour rendre leurs habitations moins énergivores et donc moins coûteuses. »

Les délégations du Secours Catholique de Picardie, qui rencontrent chaque année de nombreux petits propriétaires ne pouvant plus payer leur chauffage, s’appuient sur Éco Habitat pour les aider. Elles les mettent en lien avec le réseau pour établir un diagnostic et rechercher les solutions les mieux adaptées à chacun.

AIDES

Quels organismes apportent ces aides et à combien s’élèvent-elles ? Franck Billeau avoue qu’il est compliqué d’y voir clair.

En gros, il y a principalement les aides de l’Agence nationale de l’habitat (ANHA) qui peuvent financer jusqu’à 50 % des travaux en dessous d’un plafond de 25 000 euros. Et de façon secondaire, les aides des collectivités territoriales qui complètent les aides nationales par des montants allant de 1 000 à 5 000 euros.

L’un des derniers programmes en date, annoncé par le président de la République en mars 2014, s’intitule “Habiter mieux”.

Il a pour triple objectif d’améliorer le confort thermique tout en réduisant les charges des ménages, de lutter contre le dérèglement climatique et de renforcer la filière de rénovation énergétique en créant ou maintenant des milliers d’emplois. 45 % des propriétaires qui occupent leur logement peuvent y prétendre.

Précarité énergétique : le témoignage de Pierre

RÉSEAU

Éco Habitat a constitué un réseau de structures professionnelles, de collectivités locales et de bénévoles principalement issus du Secours Catholique. Lorsque les propriétaires informés décident de solliciter les programmes publics existants, Éco Habitat monte un dossier et accompagne les candidats à la rénovation thermique jusqu’à l’obtention des aides.

« Une fois le dossier accepté, explique Franck Billeau, nous faisons intervenir des entreprises artisanales locales pour effectuer les travaux et nous proposons d’utiliser des matériaux locaux, durables et recyclables. Ils sont souvent un peu plus chers, mais nous parvenons à convaincre les propriétaires de l’intérêt qu’il y a à les utiliser. »

Un an et demi après sa création, le réseau Éco Habitat accompagne plus d’une centaine de familles dans leurs demandes d’aide. Une cinquantaine de dossiers ont été montés, une dizaine de logements sont en cours de rénovation thermique et les travaux de six logements sont terminés. Les travaux d’amélioration thermique dans ces six logements ont coûté 122 000 euros, soit une moyenne de 20 000 euros par logement.

Reconnu par l’ANHA pour son efficacité, le réseau Éco Habitat a été lauréat en décembre dernier du prix Ashoka – Ashoka étant le premier réseau mondial d’entrepreneurs sociaux. Il a été distingué par le dispositif d’État “La France s’engage”, une initiative qui met en valeur et encourage le développement d’initiatives socialement innovantes.
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Info Secours Catholique .org

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