::+:: Je suis athée, ma mère catholique pense que j'irai en enfer. Je ne lui en veux pas



Contrairement à moi, ma maman et mon petit-frère de 11 ans sont catholiques. Ils sont a priori des croyants comme tout le monde, à ceci près qu’ils sont beaucoup plus pratiquants qu’une majorité de fidèles.

À l’église tous les jours


Les jours où elle ne travaille pas, ma mère jeûne le matin en attendant de se rendre à l’église pour prendre la communion. Le reste du temps, elle finit sa journée vers 16 heures. Elle rejoint alors l’église, où elle attend la messe de 18 heures. Ce n’est qu’à la fin du service qu’elle rentre à la maison. Par ailleurs, elle fait une prière chaque matin avant de partir.

Tous les soirs, avant de se coucher, elle récite un rosaire – une prière composée de quatre chapelets –, ce qui prend en principe une demi-heure. Mon petit-frère, qui vit encore avec elle, la suit au quotidien. Elle vit non loin de Lourdes, où elle se rend aussi régulièrement.

Une adolescence pleine de frustrations


Aujourd’hui j’ai 23 ans, cela fait cinq ans que nous ne sommes plus sous le même toit. J’ai mon propre domicile, où je vis seule avec mon fils. J’ai grandi en Afrique avant d’arriver en France, où j’ai obtenu mon bac. J’ai été élevée dans une atmosphère très catholique, même si je n’ai jamais suivi de cours de catéchisme.

À l’école, mes camarades n’étaient pas du tout religieux. Si l’on me croisait avec eux, personne n’aurait pu dire que j’étais catholique et que je pratiquais tous les jours. J’étais comme eux, je faisais tout comme eux. Pour autant, quand je n’avais pas le droit de sortir, je ne leur expliquais pas que c’était à cause d’interdits et de restrictions que ma mère m’imposait. La religion restait à la maison. Je ne voulais pas qu’ils sachent. À cause de tout ça, j’ai vécu une adolescence pleine de frustrations.

La religion n’est pas ma béquille


Paradoxalement, quelques années plus tard, j’ai vu des gens se tourner vers la religion de manière intense et s’éloigner de moi. Ils étaient âgés d’une vingtaine d’années, je les sentais perdus, ne sachant pas ce qu’ils étaient venus faire sur cette terre. L’Église était la béquille dont ils avaient besoin pour supporter les moments difficiles et les périodes de doute, souvent rudes quand on vit éloigné de sa famille (ces gens dont je parle ont eux aussi grandi en Afrique, pour certains, leurs parents y sont toujours). Je pense que pour eux, le fait de se réunir autour de la religion a quelque chose de rassurant. 

Pendant longtemps, j’ai essayé de suivre les croyances de ma mère. Et puis un jour, j’ai décidé d’arrêter complètement.

C’était difficile, j’ai beaucoup culpabilisé de ne plus prier, de ne plus aller à la messe. Je me suis mise à pratiquer en dilettante. On ne se détache pas de ces habitudes en claquant des doigts. D’autant que quand je vivais une situation difficile, je me tournais souvent vers la religion... Peu à peu, j’ai compris que je pouvais tout à fait être ma propre béquille.

"Pourquoi m’a-t-on donné un cerveau pour réfléchir si je dois me contenter de la foi ?" Voici la question qu’il m’est arrivé de poser au prêtre ou à d’autres croyants. Je revois encore le prêtre signer mon front de la croix et me dire que je trouverais moi-même la solution dans le recueillement. 

Ma mère pense sûrement que je suis bonne pour l’enfer


Je pense que le fait que j’ai renoncé à la religion est une déception pour ma maman. Quand on est parent et que l’on pense soi-même suivre le bon chemin, cela doit être difficile de voir que son enfant prend volontairement une direction opposée. Au fond d’elle, elle veut mon bien donc elle s’inquiète. Elle a peur pour moi et je sais qu’elle pense qu’en l’état actuel des choses, je suis bonne pour l’enfer.

Cette inquiétude se manifeste de diverses manières. Quand elle vient à la maison, elle fait des remarques. En regardant mes murs, elle s’alarme de ne pas y voir de vierge. Chez elle, elle me propose régulièrement de l’accompagner quand elle part réciter son rosaire. Elle estime aussi que si quelque chose va mal dans ma vie, c’est parce que j’ai abandonné Dieu.

Je ne lui en veux pas du tout


Je sens bien qu’elle essaie de me ramener dans "son" droit chemin. Même si je sais très bien ce qu’elle fait de ses journées, elle ne manque pas de me rappeler qu’elle a été à l’église, qu’elle y a vu untel ou unetelle. Que c’était bien. Que je devrais revenir. C’est sa manière à elle de me tendre une perche, j’imagine.

Malgré tout je ne lui en veux pas, tout comme je n’ai rien contre les gens qui croient. J’ai juste compris que ce n’était pas ma voie. Je m’entends très bien avec ma mère, je pense qu’on a trouvé un mode de fonctionnement qui nous permet de contourner le problème et la question de la religion, de faire en sorte que ce différend que nous avons à ce propos ne prenne pas de proportions inimaginables. J’accepte qu’elle emmène mon fils à Lourdes quand je le lui confie, de son côté, elle fait des efforts. Elle ne me prend pas par le cou pour aller à l’office, elle essaie de comprendre mon choix.

J’ai compris au fil du temps que ces remarques, ces attentions, son inquiétude, c’étaient une manière de me dire qu’elle faisait attention à la personne que je suis, qu’elle tenait à moi. Même si sa façon de l’exprimer est maladroite voire violente (je n’ai pas besoin d’être "sauvée"), j’aurais presque tendance à trouver ça mignon.

Propos recueillis par Henri Rouillier.

* Son prénom a été changé
++ O ++
Info Le Nouvel Obs .com

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