::+:: Face à la décision militaire, les questions des officiers chrétiens


« Cette décision de neutraliser, donc de tuer, ces insurgés était-elle vraiment juste ? », s’interroge le chef de bataillon Pierre Dambier, officier de l’armée de terre, en évoquant une décision qu’il a dû prendre en août 2009 en Afghanistan, pour faire exploser un bâtiment où s’étaient réfugiés des insurgés après avoir tué des civils et des militaires afghans.

« Face à de nouvelles menaces et des conflits d’un genre nouveau, face aussi à une société en perte de sens, la foi chrétienne peut-elle aider le chef militaire, non seulement dans l’action mais dans toute décision importante ? », poursuit Pierre Dambier, actuellement élève à l’École de guerre, au sein de l’École militaire. Fort de ces questions, il a contribué, avec quatre autres élèves engagés dans l’aumônerie de l’École militaire, à organiser un colloque qui s’est tenu vendredi 19 février à Paris sur le thème « Le chef militaire face à la décision, un éclairage chrétien ».

« L’ultime étape d’un processus »


Après l’évêque aux armées, Mgr Luc Ravel, qui a ouvert le colloque en rappelant l’inéluctable « solitude du chef » face à la décision, le général de corps d’armée Bruno de Saint Salvy, qui ne cache pas sa foi et qui est aujourd’hui retraité, a rappelé qu’une décision militaire était toujours « l’ultime étape d’un processus » après avoir pris en considération de multiples paramètres et s’être aidé d’outils à la décision. Insistant sur la nécessité de prendre une décision de manière « sereine », donc en cohérence avec ses valeurs et sa foi, le général de Saint-Salvy a rappelé que cette sérénité se cultive au quotidien dans « le désintéressement, l’humilité et la confiance ».


Des propos auxquels a souscrit Guy Maugis, ex-président de Bosch France, qui, lui, n’a jamais parlé de sa foi dans l’entreprise. Après avoir défini le rôle du chef comme « celui qui configure les équipes de la meilleure façon afin que toute microdécision soit orientée vers le meilleur », l’ancien capitaine d’industrie a souligné le rôle d’exemplarité du dirigeant : « ce qu’il est compte plus que ce qu’il fait ».

Tenir compte de ses pensées, de ses émotions et des événements


Le jésuite Bernard Bougon, consultant de l’Institut de discernement professionnel (IDP), membre du département d’éthique politique au Centre Sèvres et coauteur d’ouvrages de management (1), était invité à rappeler les étapes du discernement ignatien. « Avant de décider, il faut choisir, ce qui suppose de tenir compte de ses pensées, de ses émotions et des événements », a-t-il rappelé.

Évoquant tour à tour des cas concrets de décisions difficiles à prendre et les critères éthiques sur lesquels ils se sont appuyés, les quatre participants ont souligné au cours de la table ronde finale, la complexité des conflits actuels. Certains participants ont souhaité que l’Église catholique se dote de nouveaux repères – outre ceux de la « guerre juste », repris dans la Doctrine sociale de l’Église – pour mieux aider les militaires engagés dans la lutte contre le terrorisme. De son côté, le P. Bougon est revenu sur son expérience en tant qu’observateur du Saint-Siège au secrétariat contre le terrorisme du conseil de l’Europe à Strasbourg.

Avant de se séparer, les élèves de l’École de guerre étaient invités à célébrer dans la chapelle de l’École militaire, une messe d’action de grâce pour les centaines de milliers de soldats morts pendant la Première guerre, à la veille du centième anniversaire de la bataille de Verdun.

(1) « Pratiques de la décision, développer ses capacités de discernement » et « Discerner pour décider, comment faire les bons choix en situation professionnelle », avec Laurent Falque, éd. Dunod.

Claire Lesegretain pour le journal La Croix
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