::+:: Ces start-up qui bousculent l’Église catholique


Dans les locaux d’AngelTech, dans le XVIIIe arrondissement de Paris, il y a de tout. À l’entrée de cet ancien local commercial, encore pourvu d’une vitrine, un canapé de deuxième main et une table basse accueillent le visiteur. D’immenses fresques ornent les murs, l’une emprunte à l’imaginaire de Star Wars, l’autre représente un coq bariolé (symbole de l’esprit « made in France » ?)

Une « amie blogueuse » a réalisé de petits dessins humoristiques sur les parois restées blanches. Sur les bureaux, des Macbooks recouverts d’autocollants, et derrière, quelques jeunes en tenue décontractée, écouteurs vissés sur les oreilles. Pas de doute, c’est bien une start-up, avec son ambiance de collocation étudiante et ses rêves de success-stories à la Mark Zuckerberg, le fondateur de Facebook. À un détail près : ici, tous sont de jeunes cathos. Et les applications mobiles qu’ils développent sont bien destinées aux catholiques.


Application de confession à la demande


Ce créneau, ces jeunes entrepreneurs – malgré leurs convictions – ne l’avaient pas forcément envisagé dès le départ. « Surtout pas, même ! s’amuse François Pinsac, 24 ans, cofondateur d’AngelTech. Jusqu’à récemment, qui disait’catho’, disait ’non rentable’, et ’pas professionnel’ ». 

Mais cela a changé, assure-t-il. Avec son collaborateur, Guillaume Hosteyn, 37 ans – de loin le doyen du lieu –, ils s’apprêtent désormais à lancer « GeoConfess », une application de confession à la demande, sur le modèle d’Uber, celle qui met en contact transporteurs et voyageurs.

Tous deux se sont rencontrés dans l’église où ils se retrouvent chaque matin pour les laudes. Et ils hébergent dans leurs locaux les deux cofondateurs de l’application « La Quête », qui se propose de digitaliser l’offrande dominicale.

Un Facebook de la prière


Ces dernières années, ces projets « cathos 2.0 » se sont multipliés. Jeudi 28 janvier à 20 h 30, la paroisse Saint Honoré d’Eylau à Paris, accueillera une soirée Église et innovation numérique, avec des acteurs de ce secteur.

Ces projets s’appellent Hozana, le « Facebook de la prière », Credofunding, la plate-forme chrétienne de dons en ligne, ou Ephatta, une application d’hébergement gratuit chez l’habitant… Des projets qui commencent à susciter de l’intérêt aussi à l’extérieur du monde catholique.

Recensement des retraites spirituelles


Exemple avec Adhémar Autrand, 24 ans, à l’origine du projet « Awoun », une plate-forme de recensement des retraites spirituelles. Avec ce projet religieux, cet étudiant en dernière année à HEC vient de remporter deux mois et demi d’incubation dans l’école de développement « 42 » de Xavier Niel, une référence pour les « start-uppers » français. « J’ai été très surpris de leur enthousiasme, je m’attendais à beaucoup de méfiance, se souvient Adhémar Autrand. Non seulement ils trouvent que c’est un beau projet du point de vue de l’innovation, mais ce qui leur plaît, c’est aussi la passion qu’on y met. » Il espère une sortie de l’application en mars. Sa seule inquiétude, c’est la réaction des lieux de retraite. « J’ai peur que les monastères aient peur, trouvent cela compliqué… »

De manière générale, les relations entre ces entrepreneurs et les responsables de l’Église semblent à peine sortir d’une phase d’observation. « Longtemps les innovateurs cathos et la conférence des évêques ont eu peur les uns des autres », reconnaît François Pinsac. « En même temps, à la CEF, il faut parfois faire preuve de beaucoup de patience », sourit son collègue, avant de se revendiquer fièrement du pape François : « C’est lui qui nous a dit de mettre la pagaille ! »

Du côté de l’Église de France, on assure voir d’un très bon œil ce foisonnement d’initiatives. D’autant que « cette génération reconnaît très naturellement l’autorité de l’Église institutionnelle », souligne Vincent Neymon, directeur de la communication de la CEF, pour qui « l’Église doit accepter d’être bousculée dans ses traditions et ses habitudes. Les évêques sont prêts à prendre à bras-le-corps cette réflexion », assure-t-il. Sans nier qu’il y a parfois « des idées géniales, mais impossibles à mettre en œuvre du point de vue juridique et même théologique ».

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« Le risque d’une privatisation de la pastorale »


« Ces projets qui naissent à la marge de l’institution ont besoin d’accompagnement ecclésial. Il faut éviter que ces entrepreneurs catholiques pensent pouvoir faire mieux sans l’Église, sinon, on irait vers une privatisation de la pastorale. Il faut aussi prendre garde à la monétisation des projets qui peuvent mener à des conflits entre stratégie d’entreprise et intérêt pastoral, et à ne pas avoir une approche utilitariste du prêtre. Mais voir des laïcs lancer ces projets, 50 ans après Vatican II, c’est extrêmement positif. »
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Info La Croix .com

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