::+:: Vatileaks 2 : "J'aurai dû tout raconter au pape François"

Francesca Chaouqui, ex-membre de la membre de la COSEA
(la commission d'enquête sur les finances vaticanes).
(MARIA LAURA ANTONELLI/AGF/SIPA)

Le pape François avait confiance en Francesca Chaouqui. A la surprise générale, il avait même bombardé la jeune femme, en 2103, membre de la COSEA (la commission d'enquête sur les finances vaticanes), censée mettre de l'ordre dans un système opaque qui voyait par exemple la banque du Saint Siège, l'IOR, se lancer dans des opérations de recyclage, d'insider trading, de manipulation des marchés et de spéculation immobilière.


Et puis, au printemps 2014, Francesca Chaouqui a perdu la confiance du souverain pontife et avec elle tous ses pouvoirs. Entre temps, la presse avait révélé le style de vie luxueux de certains "pourprés" du Vatican, dont Chaouqui était devenue la "public relation". Symbole de ces dérives : cette réception avec bénédiction des invités organisée sur une terrasse face à l'église Saint-Pierre, tandis qu'à leurs pieds se pressaient des dizaines de milliers de pèlerins venus fêter la sanctification de Jean Paul II.

Chaouqui / Valda, un "couple" de corbeaux ?

Le sommet de la disgrâce pour l'ancienne protégée du pape est atteint le 1er novembre 2015, quand elle est arrêtée, avec son protecteur, le prélat espagnol Mgr Vallejo Balda, et que leurs téléphones et ordinateurs portables sont mis sous séquestre. L'accusation : concussion et divulgation de documents secrets (dont certains auraient fait l'objet d'une intrusion informatique). Le "couple" est en fait soupçonné d'être à l'origine du scandale Vatileaks2. Il aurait passé à deux journalistes italiens une manne d'informations révélatrices de la profonde pourriture qui gangrène le Vatican. Vallejo reconnait les faits, mais Chaouqui jusqu'ici s'y refuse.


Les buts souterrains des deux corbeaux, d'après certains des analystes, seraient de discréditer le Pontife en révélant ses méthodes hâtives et approximatives de gestion, son incompétence face à une Curie aguerrie, puis de démontrer publiquement son impuissance et son isolement, pour enfin le décourager au point de l'acculer à la démission. L'opération a en partie réussie, puisque de plus en plus de catholiques s'interrogent sur leur chef spirituel, qui a commis de regrettables erreurs en propulsant sans consulter quiconque des personnes non fiables à des postes névralgiques.

Paradoxalement, aussi bien Chaouqui que les deux journalistes Nuzzi et Fittipaldi soutiennent, eux, qu'ils ont voulu "aider François" à "rénover l'Eglise" en lui ouvrant les yeux et en mobilisant l'opinion en sa faveur. Y ont-ils réussi ?

Une peine possible de 5 ans de prison

Avant la reprise du procès le 20 février, Francesca Chaouqui a accepté de répondre aux questions de l'Obs. "Si je suis condamnée, j'arriverai au Vatican le matin de la sentence avec mon trolley à la main, et je demanderai à être aussitôt incarcérée. Je veux aller en prison", confie-telle très vite après s'être assise sur la banquette de "Al Moro", une célèbre trattoria romaine. Elle risque au moins cinq ans de réclusion. Et son "complice", d'ailleurs déjà au vert dans les geôles vaticanes, autant qu'elle si ce n'est plus.

Francesca Chaouqui est sûrement sincère, mais ça se sent aussi qu'elle est une spécialiste de la com'. Elle sait que ce sera difficile pour les magistrats du pape François de trainer en prison une jeune femme de 33 ans enceinte de 5 mois. Son annonce ressemble donc à un avertissement provocateur, comme c'est dans son style.

Balda peut raconter ce qu'il veut...

Quand elle déboule au Moro, la jeune femme arbore un look de brave fille. Pull beige, pantalons noirs et parka assortie. Les mains dans les poches. Les cheveux au vent. Pas l'ombre d'un maquillage. "Vous avez choisi aujourd'hui le style jeune fille comme il faut ?", lui demande-t-on. Elle répond : "Vous avez tout deviné." Les photos d'elle qui circulent à Rome nous avaient plutôt donné l'impression d'une intrigante diabolique, d'une lobbyiste aguicheuse, désinvolte, capable de vampiriser le plus sévère des prélats, fut-il membre de l'Opus Dei.


Mais là aussi, elle va droit au but :

" Vallejo Balda peut raconter ce qu'il veut dans son mémoire défensif, prétendre que nous avons eu des rapports sexuels, je sais que c'est faux et pour une raison très simple : Vallejo d'après moi n'est pas du tout attiré par les femmes. J'ajoute qu'il vit en compagnie d'un couple d'homos, Antonio et Mauro, que je connais bien. C'est parce qu'il se sent acculé et qu'il veut détourner l'attention sur un aspect mineur du scandale qu'il a inventé cette histoire de toutes pièces. "



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Le ton est donné. Francesca Chaouqui n'a manifestement pas la langue dans sa poche. Entretien.

Comment vous sentez-vous deux mois après avoir été arrêtée et accusée par les tribunaux du Saint Siège de quelque chose qui ressemble à de la haute trahison ?

- "Ils" m'ont arrêtée alors que j'étais enceinte d'un mois et demi et c'est un pur miracle que je n'aie pas perdu mon bébé. "Ils" m'ont laissée pendant 48 heures avec les mêmes vêtements. Ils cherchaient visiblement une sorcière à brûler sur quelque bûcher. Moi, je n'étais pas préparée à ce genre d'événement. J'ai été bouleversée. Mais cela ne m'empêchera pas de faire le pèlerinage de la miséricorde en passant sous la porte sainte de la basilique de Saint Pierre.

Vous êtes catholique. Votre inculpation et la perspective d'une condamnation ne changent donc pas votre idée de la religion et de la vie ?

- Ma mère est catholique et m'a élevée dans la religion du Christ. Mon père, que je n'ai pas connu, était marocain et copte. Si je crois en Dieu, c'est parce que je crois dans la beauté de la création. La vie est un don tel qu'il ne peut que confirmer l'existence d'un créateur. Tout cela pour dire que rien ne pourra jamais changer ma foi. Même pas Vatileaks 2 ! Croyez-moi, ce scandale n'est qu'un petit épisode dans ma vie. Sûrement pas l'essentiel.

Je me rends bien compte à quel point "ils" sont enragés contre moi, mais il n'y a aucune raison que je sois confondue avec les problèmes du Vatican. J'ai toujours pratiqué le bénévolat et je continuerai à le faire. Les 18 et 19 décembre, j'ai accompagné en avion des enfants italiens qui voulaient voir Disneyland. L'été dernier, c'étaient des petits handicapés cambodgiens. J'ai commencé adolescente à être bénévole. A 17 ans, j'assistais des malades calabrais qui allaient en train à Lourdes. Cet engagement est ma réponse à une vie difficile.

Vous savez, ce n'était pas spécialement confortable de vivre dans la Calabre des années 1990 avec une maman divorcée qui travaillait. Pour aller le matin au lycée, je me levais à 5 heures 30, j'avais deux heures de bus à l'aller et deux heures au retour. Avec ce seul avantage que ces quatre heures volées chaque jour à ma vie m'ont permis de lire. Surtout des biographies. Ma passion. Et des auteurs comme Umberto Eco. Mes lectures m'ont appris le courage, la patience et l'intérêt pour autrui.

C'est un portrait un peu angélique que vous êtes en train de dresser. En tout cas complètement aux antipodes des informations qui circulent sur votre compte...

- Je suis quelqu'un de très spontanée et naturellement irrévérencieuse. Ce sont des défauts pour les gens du Vatican qui vivent dans un tout autre climat. Ces gens ont donc contribué à fabriquer l'image d'une intrigante, d'un maître chanteur, d'une séductrice sans scrupules. Mais pour vous répondre, non, je ne suis pas angélique, je suis au contraire ambitieuse et déterminée.

Je sais aussi que je suis intelligente, travailleuse et efficace. J'ai bossé dur pour avoir une place dans la société, une maison, un mari. Je me sens aujourd'hui comme retranchée. Contrainte de faire la nuit une revue de presse nationale et internationale pour pouvoir répliquer à l'aube, par un tweet ou sur Facebook, aux attaques féroces dont je suis l'objet. Ceci dit, je me plais telle que je suis, je défendrai ma vie bec et ongles. J'aime mon travail de "communication manager", j'aime et je pratique le piano, le judo et l'aquagym. Je n'entends renoncer à rien de tout cela.

Vous n'avez rien à vous reprocher ?

- Si, mais pas ce qu'on croit. Je me reproche, quand j'ai su que Vallejo Balda avait enregistré la voix du Saint Père pendant une réunion de la COSEA, de ne pas l'avoir dénoncé. J'aurais du aller chez François et tout lui raconter.

Vatileaks 2 vous a-t-il porté tort ?

- Au contraire. "Ils" m'ont fait de la publicité. Aucun des chefs d'entreprise avec lesquels je suis en contrat n'a résilié mon mandat. On me juge sur mes résultats. Et ils sont bons. Mon boulot consiste à bâtir et à diffuser le storytelling des entreprises qui m'embauchent. A raconter comment nait, se développe, s'organise un produit. C'est quelque chose que je fais bien. Consciencieusement. Il ne faudrait pas en conclure que tout va pour le mieux, que je suis heureuse, que j'ai oublié ce qu'on m'a fait. Non, je n'oublie rien. Absolument rien. Tout restera gravé dans ma mémoire.
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Des mails secrets dans son téléphone 
Quand notre entretien arrivait à sa fin, Francesca Chaouqui a fait défiler sur son portable des dizaines de mails qu'elle assure être ceux que s'échangeaient les 8 membres de la COSEA (la commission voulue par le pape François pour enquêter sur les finances du Saint Siège, dont elle faisait partie) et qui seraient selon elle le "vrai scandale, bien plus sérieux que Vatileaks". S'ils venaient à être dévoilés bien sûr…

Marcelle Padovani
++ O ++
Info Le Nouvel Obs .com

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