::+:: Supplique au pape pour les femmes allemandes


Votre Sainteté,

Au moment de prendre la plume, je suis saisi d’un sentiment de déférence qui me paralyse, à la perspective de m’adresser au vicaire du Christ sur la Terre. Néanmoins, les journaux ne nous en ont rien laissé ignorer : le nouvel occupant de la maison Sainte-Marthe est un pape normal qui ne dédaigne pas de passer le balai et participer aux pluches. Une sorte de Don Camillo des mers du Sud.

À vos apparitions place Saint-Pierre grouille la foule habituelle des pèlerins internationaux. Cette foule concentre les éclopés de la vie, les malheureux de la cour des miracles, les mal foutus, les va-de-travers, tous ces ratés de l’existence que nous sommes tous. Toutes ces épaves de la vie, vous les serrez sur votre poitrine infatigablement, vous les embrassez, vous leur serrez les mains. Il n’est point d’enfant si morveux que vous n’hésitiez à le baisoter, point de piétons qui sentent trop la sueur pour vous.

Et les musulmans… Ah ! Comme vous les aimez, les musulmans, il n’est point de prône où vous ne leur tendiez la main, la bouche en cul-de-poule et les bras tendus. Vous aimez votre Lointain comme vous-même.

Mais parmi tous ces peuples, il n’y a pas grand place pour les femmes allemandes, insultées voire, pour certaines, violées sous le regard vide d’une police aux ordres.


Je vous l’accorde, les Allemands sont peu doués pour les jérémiades et ont du mal à inspirer la compassion. Siegfried a l’œil bleu et le regard dur. Lorsqu’on a bâti sa philosophie sur la volonté de puissance, composé la moitié de la musique symphonique, inventé la Blitzkrieg et les exactions que l’on sait, construit les meilleurs berlines au monde, établi son monopole sur les machines-outils, qu’on dispose de la puissance financière et de belles femmes blondes, il est difficile de faire pitié. Les Allemands ne demandent d’ailleurs rien. Il y a soixante-cinq ans, ceux qui ont gagné les ont écrasés sous leurs bombes au phosphore sans qu’ils ne murmurent.

Dans la déploration du viol de masse de Cologne, j’ai apprécié la retenue de vos propos. Vous cachiez votre douleur. Il me semble qu’une larme versée à propos n’aurait pas été déplacée.

Que diable (pardon, perbacco), les catholiques allemands sont plusieurs millions ! Vous pourriez les mettre sur le même pied que les Zoulous et les Samoyèdes. Voir même un peu au-dessus. Notre Seigneur a préféré certains de ses apôtres aux autres et saint Jean à tous les autres. Son Amour est infini mais il y a des degrés dans l’infini comme dans l’Amour du Père : inépuisable et pourtant proportionné au mérite et à la justice.

On murmure au Vatican que vos apparitions au balcon ne font plus recette. Le public se fait rare.

Voilà une occasion de vous recentrer sur votre cœur de clientèle : les catholiques.

Philippe BORNET

Philippe BORNET - Ecrivain

Philippe Bornet est docteur en médecine et ancien chroniqueur à Valeurs Actuelles. Passionné d’Histoire, il vient d’achever après sept ans de travail et de recherches L’Évangile selon saint-Métro (éd. Via Romana). Il s’est entouré des plus grands spécialistes du Paris religieux pour réaliser un premier guide complet des saints parisiens destiné à un large public.
____________________

++ O ++

Posts les plus consultés de ce blog

::+:: La seule religion d’Etat (4eS)

::+:: Les preuves historiques de l’existence de Jésus (3) : Témoignages externes sur les 4 évangiles

::+:: Qu’est-ce que le miracle eucharistique ?