::+:: Pierrette Prat ; une vie consacrée aux autres .


Pierrette née , à Tautavel, le 28 février 1927 de parents immigrés espagnols , eut une scolarité normale à l'école laïque où l'on exaltait les notions de « République et de Patrie » . Elle excellait dans toutes les disciplines mais était révoltée par l'interdiction de l'usage du catalan , langue maternelle de ses parents . Melle Jorda , sa maîtresse , l'initia au théâtre , à la danse et à la musique . La découverte de la vie de St François et de Ste Claire fut pour elle , à l'âge de 14 ans , une révélation …L'abbé Llopet , curé du village , la mit en contact avec la congrégation des clarisses de Perpignan , relation qu'elle poursuivit tant qu'elle vécut en France . Incontournable dans la vie de l'église ... Elle fit sa première communion et sa confirmation à l'âge de 18 ans avec Jeanine , sa sœur cadette . Sa vocation religieuse lui parut alors évidente . Catéchiste adorée des enfants de la paroisse , elle devint vite incontournable dans la vie de l'église où elle faisait fonction de sacristine , de chef de chœur et d'harmoniste . La préparation des mariages , des baptêmes et des obsèques lui était également confiée . L'abbé Llopet eut un rôle essentiel dans son processus spirituel . Il la confortait dans sa détermination à prendre le voile malgré l'opposition de son père ( athée ) et l'indifférence de sa mère . Les divergences sur la foi , ne troublaient pas l'harmonie et l'amour qui régnaient dans la famille Prat . Plénitude d'un amour immense ... Le rêve décisif … Sa sœur se souvient du jour de l'été 1946 où Pierrette lui fit part de ce qu'elle n'a jamais su définir comme rêve ou état de parfaite conscience . Le fait est qu'elle se sentit envahie par la plénitude d'un amour immense , enivrant , rassasiant , au point de perdre conscience de son corps et se mettre à crier : « Non , non ! » en le réintégrant . Ce moment restera gravé dans sa mémoire et elle ne doutera jamais de l'avoir vécu . En 1952 , elle convainquit sa sœur d'assister au Congrès Eucharistique International de Barcelone où cette dernière fit la connaissance d'un jeune homme qu'elle épousa un an après . La famille Prat repartit , en 1956 ,vivre en Espagne à Viladecans . Le curé de ce village comprit rapidement que Pierrette souhaitait ardemment prendre le voile . Lors d'une visite aux sœurs du monastère de Pedralbes , il leur annonça tout de go : « Je vous ferai connaître une jeune fille qui pourrait bien devenir votre Abbesse ». Elles en rirent … Liberté et épanouissement ...Le 25 mars 1957 , malgré l'interdiction de son père , elle rejoignait le Monastère Royal de Barcelone . Pour toute explication , sa mère se contenta de dire ( en français ) à son époux : « L'oiseau s'est envolé ! » . Son évasion la conduisit vers une « cage » qui fut paradoxalement pour elle synonyme de liberté et d'épanouissement spirituel et humain . Elle avait réalisé son rêve . Quinze ans après , sœur Pierrette était nommée Abbesse de la communauté bien qu'elle eut préféré rester simple sœur . Elle n'aurait pas voulu de cet honneur qui fut pourtant renouvelé à cinq reprises . Elle fut même élue Présidente de la Fédération des Clarisses de Catalogne , Castellon et Minorque . Pour Josep Lluis Bronchal , enseignant et ami de Pierrette : « C'était une clarisse livrée corps et âme à la vie contemplative qui se singularisait par l'amour profond de Jésus sans affectation ni bigoterie . Sensible , d'une humanité débordante et d'une extraordinaire simplicité , elle transmettait par sa seule présence , paix , sérénité et amour …Elle s'intéressait à tous et savait écouter chacun individuellement ». Convaincue que l'Eglise Catholique devait s'adapter à l'époque et actualiser son message avec une prise en compte plus importante de la femme , elle s'enthousiasma pour le Concile Vatican II . A la suite du concile , elle abandonna le nom de Maria Lourdes qu'elle avait pris à son entrée dans la vie monacale au bénéfice de celui de sœur Pierrette . Energique , active et résolue ...Pendant sa jeunesse , en France , elle suivait de près la vie politique en assistant à la plupart des meetings . Bien que vivant cloîtrée , elle s'est toujours tenue au courant de l'actualité locale et mondiale . Elle ne comprenait pas que certaines sœurs se mortifient ; pour elle , seul comptait l'amour de Jésus sans aucune autre considération . Elle avait un discernement très clair sur les questions les plus importantes . Energique , active , résolue , recherchant toujours la justice , elle était ferme dans ses prises de position ... Pour des raisons de conservation du patrimoine du Monastère de Pedralbes , chef d' œuvre de l'art gothique , elle s'opposa à l'exposition de peintures que Carmen Cervera Baronne de Tyssen , la très médiatique collectionneuse d'art , voulait monter dans l'ancien réfectoire du monastère . Amoureuse de langue catalane ... Elle eut des discussions très directes et animées avec les maires de Barcelone , en particulier avec Pasqual Maragall qui devint par la suite son ami . Abbesse ou simple sœur, elle était toujours la première à accomplir les tâches domestiques de la communauté . Pierrette n'apprit le castillan et le catalan littéraire qu'après son entrée au couvent . Amoureuse de la langue catalane , l'interdiction de cette dernière à l'école de Tautavel l'avait fortement marquée ... Comprenant cela , Josep Moran i Ocerinjauregui , titulaire de la chaire de catalan à l'université de Barcelone lui présenta des personnalités originaires de notre département enseignant cette même langue Joan Peytavi de l'université de Perpignan , Denise Boyer de la Sorbonne à Paris et la mit en relation avec Bernat Bailbé ( organiste de Sant Felip Neri de Barcelone ) natif de Thuir . Tous ceux qui l'ont rencontrée ont été impressionnés par l'amour qui émanait de sa personne , sa gentillesse , sa compréhension , son érudition , son humour , l'intérêt qu'elle portait aux affaires du monde . Sans déroger aux règles de son ordre , elle contribua à adapter la vie du monastère à notre siècle . Elle fut en relation avec d'importants personnages politiques , elle eut l'honneur d'accueillir le roi Juan Carlos et la reine Sofia à Pedralbes . Le 5 juillet 2014 , lors de sa disparition , les journaux catalans lui rendirent un vibrant hommage … Les Tautavellois garderont d'elle , l'image d'une jeune fille gaie , dynamique , d'une extrême gentillesse et à l'écoute de tous .

Y.Castres
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