::+:: Miséricorde, confession, péché… le pape veut faire neuf avec du vieux


Le pape François s’offre un joli coup de pub : un livre d’entretiens traduit en six langues et diffusé dans quelque 86 pays. En France, il faudra attendre jusqu’à jeudi pour trouver en librairie le Nom de Dieu est miséricorde, tiré à 80 000 exemplaires dans sa version francophone. Soucieux de s’adresser aux «périphéries» de l’Eglise, une constante depuis le début de son pontificat, il a choisi cette forme plutôt que celle d’un ouvrage de théologie en bonne et due forme comme l’avait fait, en son temps, Benoît XVI, qui avait publié plusieurs ouvrages sur Jésus. Le pape François a réalisé ce livre avec un vaticaniste italien connu, celui du journal la Stampa, Andrea Tornielli, un ami qu’il tutoie et qui est aussi le responsable du site Vatican Insider, l’un des plus consultés sur l’actualité vaticane.

En tant que tel, il n’y a pas de prises de positions, ni de révélations fracassantes dans ce premier livre du pape. Il ne devrait pas non plus susciter de polémiques. Chacun pourra y trouver à peu près son compte. Le pape François manifeste ainsi la même ouverture dont il fait preuve depuis le début de son pontificat, notamment à l’égard des homosexuels. «Avant tout, ce sont des personnes, des individus dans leur intégrité et leur dignité, dit-il au journaliste qui l’interroge. Les gens ne devraient pas être définis seulement par leurs préférences sexuelles. Je préfère que des homosexuels se confessent et restent proches du Seigneur et que nous prions ensemble.»

«Je devrais être ici, je mériterais d’être en prison»

Dans l’ouvrage, d’une tonalité très religieuse et très pieuse, le pape développe surtout une série de thèmes qui lui sont chers depuis une trentaine d’années et qui correspondent à sa vision du monde, et de l’Eglise. Comme il l’avait fait dans sa première grande interview, donnée aux revues jésuites, il se présente lui-même comme un pêcheur, en se comparant aux détenus. «Chaque fois que je franchis le seuil d’une prison […], je me demande toujours pourquoi eux et pas moi ? Je devrais être ici, je mériterais d’être ici. Je ne suis pas meilleur que ceux qui sont en face de moi», raconte-t-il.

Par ailleurs, c’est plutôt une version vintage de François. Très attaché à la confession, le pape parle longuement de cette pratique tombée quelque peu en désuétude et encourage les fidèles catholiques à y être assidus. François remet au goût du jour une notion de la théologie chrétienne, elle aussi un peu oubliée et sentant le XIXe siècle : la miséricorde, qui se base sur la bonté de dieu. «Le pape, qui donne un coup de modernité à des notions anciennes, veut montrer un visage de l’Eglise qui accueille tout le monde», analyse le jésuite François Euvé, rédacteur en chef de la revue Etudes.

Stratégie de communication

Le livre du pape ne va sans doute pas provoquer le même engouement que son encyclique Laudato si, consacrée à l’écologie et publiée en juin dernier. Dans l’Hexagone, le texte avait franchi allègrement la barre des 100 000 exemplaires. Ce premier ouvrage s’inscrit surtout dans une stratégie de communication du pape. Toujours très populaire dans l’opinion publique, François fait face à une grosse opposition interne. A l’automne, il a dû s'activer ferme et jouer très finement pour ne pas perdre la bataille du synode sur la famille. Son livre d’entretiens, une sorte de catéchèse mondiale, est une manière de «pousser» l’année sainte consacrée à la miséricorde qu’il a décrétée pour 2016 dans l’Eglise catholique. «C’est sa réponse à une affirmation renouvelée du formalisme dans l’Eglise», pointe encore François Euvé. Comme il sait (et aime) le faire, le jésuite argentin contourne les obstacles et ses adversaires en s’adressant directement au peuple.
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