::+:: Face à "l'idole Argent", la révolution du Pape François



Patrice de Plunkett 
journaliste depuis 1972. 
Si la voix du pape François rejoint des millions d’auditeurs au-delà des populations catholiques, c’est qu’il parle – avec les mots de tout le monde – d’une réalité que tout le monde subit : l’emprise de la société de marché sur la vie quotidienne ; et notamment le « consumérisme obsessionnel », que François définit comme le « reflet subjectif » du système marchand : autrement dit, le formatage de nos comportements.

« Le marché tend à créer un mécanisme consumériste compulsif pour placer ses produits », écrit François au paragraphe 203 de Laudato Si’. Ce mécanisme, dit-il, consiste à « submerger » les individus « dans une spirale d’achats et de dépenses inutiles ». Plus le coeur de la personne sera « vide », plus elle aura « besoin d’objets à acheter, à posséder et à consommer » : le système vide nos coeurs de tout ce qui n’est pas désir d’achat, fétichisme d’objets toujours plus « technologiques », conçus pour être toujours jetés, toujours remplacés, à un rythme de plus en plus rapide… Cette surenchère accélérée est le ressort de ce qu’on appelle la « croissance », et c’est une spirale du vide qui aspire l’individu en tant que consommateur.

Mais le même individu, en tant que salarié, est en proie à une autre spirale : celle d’une économie financiarisée qui déshumanise la vie professionnelle. Pris entre cette déshumanisation au travail et le néant du consumérisme, l’individu cherche quoi invoquer pour que sa vie ait du sens… Ni le politique, ni l’éthique, ni la culture, ni même le for intérieur, ne semblent garder consistance dans notre société : ils sont rongés par le culte de l’Idole, qui renvoie l’individu au consumérisme. Qui peut tenir dans cette ambiance absurde ?

D’où le malaise dans la civilisation : la perte de « la conscience d’une origine commune, d’une appartenance mutuelle et d’un avenir partagé par tous », selon le diagnostic de Laudato Si’ (§ 202)... Voilà ce que le système inflige aux peuples – et pourquoi ils tendent l’oreille aux paroles de François.

Prédateur, nuisible à l’économie réelle qu’il prétend incarner, ce système est dit « ultralibéral » comme s’il s’agissait d’un excès ou d’une nouveauté. Ne s’agirait-il pas plutôt du libéralisme à l’état pur, sans contrepoids : un libéralisme réalisé, comme il y eut autrefois – en URSS – le socialisme réalisé ?

Tous les théoriciens assurent que si leur système ne marche pas, c’est qu’on ne l’a pas encore assez (ou pas « vraiment ») réalisé : c’est ce que disaient les derniers apologistes du communisme, dans les années 1970 ; c’est ce que disent les arrière-neveux de Milton Friedman dans la seconde décennie 2000. Mais le système est là, sous nos yeux : c’est celui qu’a imposé au monde la « révolution libérale » des années 1990. Ses effets sont autour de nous : un malaise dans la civilisation, une économie d’Ubu, une « libération » qui opprime. Et l’environnement ravagé.
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Extrait de "Face à l'idole argent - La révolution du Pape François" Patrice de Plunkett, publié aux éditions Artège, 2015. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

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