::+:: Le pape François, "ce pape de gauche que nous attendions !"



Thomas Thévenoud a un souhait : que le pape François vienne en France en 2016, afin de donner "quelques mots d’espoir" après cette année marquée par les attentats de novembre et de janvier. 

Député de Saône-et-Loire depuis 2012, Thomas Thévenoud a été chargé par Jean-Marc Ayrault de s’occuper du conflit qui a opposé taxis et véhicules de tourisme avec chauffeur (VTC). En 2014, il a dû démissionner du gouvernement Valls et du PS à la suite de démêlés avec le fisc.

* * *

Très cher François, Je ne pense pas que vous vous souveniez de moi. J’étais assis au dernier rang, samedi 15 juin 2013, dans cette grande salle Clémentine, là-bas, chez vous au Vatican. Pape depuis à peine quelques semaines, vous receviez votre première délégation de parlementaires : une petite compagnie de députés et de sénateurs français parmi laquelle, unique député de gauche et nourri au socialisme démocratique, je vous avoue m’être senti un peu seul.

A l’époque, en France, l’actualité tournait autour du mariage pour les couples de même sexe. C’était hier, c’était il y a une éternité. Mes collègues de droite avaient lu votre message et l’avaient interprété comme un appel à abroger la loi sur le mariage pour tous. Ils étaient venus chercher une confirmation de leur credo.


Et pourtant, c’est vous qui m’aviez tendu la main avec vos mots. Vous aviez, en effet, choisi de terminer votre discours en prononçant celui de "fraternité". Finalement, chacun choisit les mots qu’il veut entendre, au Vatican comme ailleurs... Depuis, je n’ai cessé de vous suivre, de vous lire, de vous écouter. J’essaie de m’élever, de me relever, oserais-je dire.

Les mots que vous avez prononcés me laissent penser que vous pourriez être une petite lumière dans l’obscurité, une lumière parmi d’autres vers plus de justice et de solidarité. Bref, si j’osais, je dirais que vous pourriez être ce pape de gauche que nous attendions ! La preuve : vous avez été le premier à vous rendre à Lampedusa, cette petite île entre Afrique et Europe où viennent s’échouer les "damnés de la terre". Vous y avez dénoncé la "mondialisation de l’indifférence". C’était bien avant la mort du petit Aylan sur une plage en Turquie. Bien avant tout le monde.

"Des murs se sont construits"

Je vous demande pardon, mais il est devenu si rare d’entendre certains mots sans y voir en filigrane du cynisme, de la tactique ou une simple rhétorique vide de sens... Dans vos mots à vous, je crois retrouver ma gauche : celle que j’aime, celle que je cherche, celle qui me manque. Cela me surprend autant que cela me trouble.

Depuis, nos coeurs se sont soulevés d’émotion devant le drame des réfugiés, et puis ils se sont refroidis, presque aussi vite. Les frontières se sont fermées. Des murs se sont construits. Et ici, chez moi, en France, l’état d’urgence a même été voté, après les attentats de novembre. J’ai lu les mots que vous avez écrits dans votre encyclique :
En lui, on voit jusqu’à quel point sont inséparables la préoccupation pour la nature, la justice envers les pauvres, l’engagement pour la société et la paix intérieure."

Vous parliez de François d’Assise, mais vous auriez pu parler de l’émir Abd el-Kader, qui voyait dans chaque être une manifestation de l’Être et qu’un de vos lointains prédécesseurs décora de l’ordre de Pie IX pour son rôle dans le sauvetage des chrétiens d’Orient menacés d’extermination par le fanatisme. On aurait aujourd’hui bien besoin de ce genre de personnes, pour qui, décidément, tout est lié dans le monde.

Alors peut-être pourriez-vous nous redire simplement, avec vos mots à vous, ce qu’est la gauche. Que la gauche n’est pas seulement d’autorité, de sécurité et de coups de menton. Que la gauche est aussi de bienveillance, de justice et de main tendue. Vous pourriez ne pas l’appeler gauche, mais, nous, nous l’entendrions ainsi. Vous pourriez rappeler cette évidence : les mots qu’on utilise disent plus que les apparences qu’on se donne. Ils nous entraînent sur des chemins qui ne sont jamais sans conséquences.
"Le temps presse"

Mon pays est entré en guerre, nous dit-on... Et j’ai parfois l’impression qu’il est en guerre contre tout : le terrorisme aujourd’hui, l’Europe souvent, l’étranger de plus en plus. Je crois qu’il est surtout en guerre contre lui-même. Qui osera lui rappeler qu’il est l’un des plus beaux pays au monde et que même s’il est devenu parfois dangereux, souvent inflammable, toujours exaspérant, pour rien au monde nous ne voudrions le quitter.

Vous me pardonnerez j’espère cette familiarité, mais la phrase me vient naturellement en vous écrivant, fonction oblige sans doute. Je rêve que quelqu’un emploie à nouveau cette expression : "Heureux comme Dieu en France." C’est le moment de venir nous le redire, je crois. 


En 2016, nous allons continuer à recevoir du monde. C’est notre vocation d’accueillir le monde entier, c’est notre histoire et notre avenir quoi qu’en pensent les diseurs de mauvaises aventures et les poseurs de bombes. Ne tardez pas à venir nous visiter.

Je vous l’avais dit lors de notre rencontre en 2013 : je serais heureux de vous accueillir chez moi à Cluny ou à Taizé. Les frères de la communauté viennent d’accueillir plusieurs familles de migrants et, quelques jours après, le village a voté à gauche pour les élections régionales. Comme quoi, rien n’est perdu ! Mais venez vite, le temps presse, nous avons besoin de quelques mots d’espoir pour faire reculer la haine.

Très respectueusement à vous,

Thomas Thévenoud
++ O ++
Info Nouvel Obs .com

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