::+:: Religion et République : nous disposons d’une expérience historique.



Nous souhaitions ici même, il y a deux semaines, un sursaut conséquent au sein de l’islam de France. Reconnaissons qu’il est apparu quelques signes encourageants, ne serait-ce qu’une volonté des instances représentatives de contrôler la qualité et la compétence religieuse des imams, trop souvent autoproclamés. Prenons acte, mais c’est bien plus qu’il faut envisager et quoi qu’on en dise, ce n’est pas être islamophobe que penser qu’il devient nécessaire que s’exerce une pression des pouvoirs publics pour que les musulmans de France (et d’Europe) se désolidarisent clairement des prêches illuminés et admettent, dans tout ce qui relève des comportements sociaux, la suprématie de la loi démocratique sur toute autre prescription. 

Foi et croyances relèvent de choix personnels et intimes et le Coran n’énonce-t-il pas : « Point de contrainte en religion » (II.256) ?

Ce ne sera certes pas facile et il faut s’attendre à bien des crispations et même à d’opiniâtres oppositions, mais il ne faudra ni céder, ni transiger. C’est à ce prix que la religion musulmane s’insérera dans l’espace culturel européen sécularisé au même titre que les autres cultes. Nous autres, Français républicains, nous avons l’expérience d’un précédent dans notre histoire. Il serait peut-être bon de s’en inspirer.
L’Eglise catholique du XIXème siècle n’avait jamais accepté 1789. De la même manière que Sayyed Qotb, l’idéologue des Frères musulmans, réfute le principe démocratique à ses yeux « déification blasphématoire du peuple », l’idée de souveraineté populaire paraissait sacrilège à l’Eglise romaine au lendemain de la Révolution française, le pouvoir politique ne pouvant trouver sa légitimité que dans l’omnipotence divine.


Dès la restauration des principes monarchiques par le Congrès de Vienne de 1815, l’Eglise s’était clairement rangée du côté de la royauté de droit divin, s’opposant de front et sans concession à l’héritage des Lumières. Ainsi, le pape Grégoire XVI pouvait qualifier en 1832 la liberté de conscience de « délire » (encyclique Mirari vos) et Pie IX condamner globalement, dans l’encyclique Quanta cura de 1864 et le Syllabus qui l’accompagne (« catalogue des erreurs de notre temps »), le libéralisme, le communisme, l’indifférentisme et toute idée de séparation entre religion et société civile, le principe même de la laïcité. Au même moment, le polémiste catholique français Louis Veuillot affirmait : « Quand je suis le plus faible, je vous demande la liberté parce que tel est votre principe, mais quand je suis le plus fort, je vous l’ôte parce que tel est le mien ».


En France, l’Eglise appuyait les positions de la droite la plus conservatrice, des Ultraroyalistes de la Restauration au parti de l’Ordre de la Seconde République, prenant ses distances à l’égard du Second Empire dès qu’il commençait à se libéraliser. Après avoir vainement tenté, après 1870, de faire barrage à la République, elle essayait de dresser contre celle-ci l’opinion populaire des campagnes, où son influence restait importante, à l’inverse de la perte de crédit qu’elle enregistrait alors auprès du prolétariat urbain, largement déchristianisé. On comprend dans ses conditions que les lois Ferry sur l’école publique de 1881-82 aient été comprises par le clergé comme une déclaration de guerre.

Au Parlement de l’époque, Mgr Freppel, qui cumulait le statut d’évêque d’Angers et de député du Maine-et-Loire, ne s’y trompait pas quand il dénonçait la scolarisation de masse comme « inutile, inefficace, tendant au socialisme d’état », et cela d’autant plus qu’elle intégrait (horreur!) l’éducation des filles! Former le peuple, spécialement rural, sur la base des principes démocratiques et laïcs sapait non seulement l’autorité séculaire du clergé, mais en ouvrant aux connaissances rationnelles et en encourageant l’attitude critique, elle ébranlait les certitudes religieuses et démystifiait les dogmatismes.
Malgré l’attitude plus conciliante de Rome, où le nouveau pontife, Léon XIII (1878-1903) avait appelé en 1890 les catholiques français à accepter sans réticence le régime républicain, l’Eglise de France s’engageait dans un conflit frontal qui aller durer vingt ans et au terme duquel elle devrait accepter en 1905 la loi de Séparation de l’Eglise et de l’Etat, prélude à une réflexion en profondeur dont l’aboutissement, soixante ans plus tard, serait le concile Vatican 2.

Qui s’en plaindrait aujourd’hui ? Mais il faut bien reconnaître qu’il a fallu tordre le bras à l’Eglise pour qu’elle entre dans la modernité.

Peut-être va-t-il falloir aussi tordre le bras à l’islam en Europe. Dans l’épreuve de force qui s’engage, cet aspect de lutte idéologique va peut-être devenir l’essentiel et il existe déjà des intellectuels de culture musulmane, lucides et conscients des enjeux futurs, prêts à appuyer dans ce sens.

Et à ceux qu’on entend volontiers à gauche crier à l’intolérance ou à la stigmatisation dès qu’apparaît la moindre velléité de résistance au dogmatisme, on pourra répondre qu’on s’étonne de leur subit engouement pour la diffusion, au sein du nouveau prolétariat, de ce qu’ils appelaient naguère « l’opium du peuple »…

++ O ++
Info L'express.fr

Article écrit par André Ropert



> En savoir plus sur ..Religion et République avec le blog Histoire de le dire.

> En savoir plus sur l'auteur de l'article ... André ROPERT

Posts les plus consultés de ce blog

::+:: La seule religion d’Etat (4eS)

::+:: Les preuves historiques de l’existence de Jésus (3) : Témoignages externes sur les 4 évangiles

::+:: Qu’est-ce que le miracle eucharistique ?