::+:: Le pape stigmatise une libéralisation faite au détriment des pauvres



Le pape François a adressé jeudi devant l'ONU à Nairobi une critique sévère et inédite au système mondial de libéralisation des échanges internationaux dans les cadres des accords commerciaux régionaux et de l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Dans un discours devant des agences de l'ONU, au deuxième jour de son voyage en Afrique, Jorge Bergoglio, connu pour ses critiques du libéralisme et du capitalisme sauvage, a évoqué la 10e Conférence ministérielle de l'OMC, qui doit se tenir du 15 au 18 décembre dans la capitale kenyane.


"Il semble qu'on ne soit pas encore arrivé à un système commercial international équitable et totalement au service de la lutte contre la pauvreté et l'exclusion", a-t-il estimé, lors d'un discours axé sur la dégradation de l'environnement. "Les relations commerciales entre les États, a-t-il averti, peuvent autant servir à porter préjudice à l'environnement qu'à l'assainir."


Le commerce des médicaments en ligne de mire


Il a souhaité que les délibérations de la prochaine conférence "ne soient pas un simple équilibre des intérêts en conflit, mais un vrai service à la sauvegarde de la maison commune". Le pape argentin a évoqué spécifiquement la propriété intellectuelle et l'accès aux médicaments. "Je veux m'unir, a-t-il dit, aux préoccupations de nombreuses entités engagées dans la coopération au développement et dans l'assistance sanitaire - dont les congrégations religieuses - qui concernent les accords sur la propriété intellectuelle et l'accès aux médicaments ainsi qu'aux soins essentiels de santé."

"Les traités de libre commerce régionaux sur la protection de la propriété intellectuelle, en particulier dans le domaine pharmaceutique et biotechnologique, non seulement ne doivent pas limiter les facultés déjà accordées aux États par les accords multilatéraux, mais, au contraire, devraient être un instrument pour assurer un minimum d'assistance sanitaire et d'accès aux traitements de base pour tous." "Les discussions multilatérales, à leur tour, a-t-il encore observé, doivent donner aux pays les plus pauvres le temps, la flexibilité et les exceptions nécessaires à une adaptation ordonnée, et non traumatisante, aux normes commerciales."

Il a ajouté que l'interdépendance et l'intégration des économies "ne devaient pas provoquer le moindre préjudice aux systèmes de santé et de protection sociale existants", mais "favoriser leur création et leur fonctionnement". "L'élimination du paludisme et de la tuberculose, le traitement des maladies dites orphelines et les domaines négligés de la médecine tropicale, réclament une attention politique prioritaire, avant tout autre intérêt commercial", a-t-il martelé. L'accès des plus pauvres aux médicaments, notamment anti-sida, a fait l'objet de débats passionnés dans les années 2000 à l'OMC.

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Info Le Point

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