::+:: Le pape, pourfendeur des inégalités sociales



La pluie a abondamment douché les premières heures de la visite du pape François en Afrique mais elle n’a pas dissuadé quelque 200 000 Kényans de participer à la première messe de ce voyage, jeudi 26 novembre, sur les pelouses noyées d’une boue rouge de l’université de Nairobi. Chants, danses et youyous ont ponctué un office dit en anglais et en italien, traduit en swahili et en d’autres langues du pays.

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Mais c’est en fin d’après-midi que le chef de l’Eglise catholique a prononcé son premier grand discours à dimension politico-économique, dans la continuité de ceux tenus en juillet à Santa Cruz (Bolivie) et en septembre à New York, aux Nations unies. Après l’Amérique du Sud, l’Afrique lui a donné une nouvelle tribune pour exiger des gouvernants d’agir, au niveau international, sans léser les intérêts des Etats et des populations les plus pauvres.


A Santa Cruz, François avait appelé à un « changement de structures » pour réformer un système économique international qu’il considère comme une machine à produire de l’injustice. A Nairobi, au siège des programmes des Nations unies pour l’environnement et pour l’urbanisme, le pontife argentin a cette fois demandé davantage d’équité dans les accords de libéralisation des échanges internationaux. « Il semble, a-t-il relevé, qu’on ne soit pas encore arrivé à un système commercial international équitable et totalement au service de la lutte contre la pauvreté et l’exclusion. » « Le problème, a-t-il accusé, naît lorsque nous croyons qu’interdépendance est synonyme d’imposition ou de soumission de quelques-uns aux intérêts des autres. Du plus faible au plus fort. »


Prévenir la radicalisation

A quelques jours de la 10e conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), qui se tiendra à Nairobi du 15 au 18 décembre, le pape a exprimé une « préoccupation » particulière concernant les accords sur la propriété intellectuelle et l’accès aux médicaments et aux soins essentiels de santé. Il a demandé que les traités de libre commerce régionaux servent à assurer « un minimum d’accès aux traitements de base pour tous » et que les discussions multilatérales donnent « aux pays les plus pauvres le temps, la flexibilité et les exceptions nécessaires à une adaptation ordonnée, et non traumatisante, aux normes commerciales ». « L’interdépendance et l’intégration des économies ne doivent pas provoquer le moindre préjudice aux systèmes de santé et de protection sociale existants » mais au contraire, « favoriser leur création et leur fonctionnement », a-t-il affirmé.


En juin, le pape a consacré une encyclique entière à exposer pourquoi, à ses yeux, la crise climatique et les inégalités sont liées. Il a profité de ce rendez-vous dans les locaux onusiens pour souhaiter « un accord global » sur le climat à la COP 21, qui s’ouvrira à Paris le 30 novembre, à condition qu’il s’agisse d’un accord « réellement efficace » et non de simples déclarations d’intention destinées à se donner bonne conscience. « Ce serait triste et j’ose le dire, catastrophique, que les intérêts particuliers l’emportent sur le bien commun et conduisent à manipuler l’information pour protéger leurs projets », a affirmé François.

Dans la matinée, le pape avait abordé l’autre thème essentiel de son voyage. Dans une rencontre avec les représentants des autres Eglises chrétiennes et des dignitaires de l’islam, François a plaidé en faveur du dialogue entre les religions afin de prévenir la radicalisation de jeunes au nom d’un Dieu. « Trop souvent, des jeunes sont rendus extrémistes au nom de la religion pour semer discorde et peur, et pour déchirer le tissu même de notre société », a-t-il déploré, et le dialogue interreligieux est « essentiel » à cet effet. Quelques instants auparavant, le président du conseil suprême des musulmans du Kenya, Abdulghafur El-Busaidy, a lui aussi appelé à la coopération et à la tolérance entre les cultes : « En tant que peuple d’un Dieu, nous [chrétiens et musulmans] devons faire front et être unis, nous donner la main pour tout ce qui est essentiel pour notre humanité, sans distinction de lieu, de culture, de langue, d’ethnie, de race, de statut, de politique. »

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Info Le Monde.fr

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